The Name : « ‘Bref’ a bien participé à tout ce qui nous arrive »

L’évènement télévisuel de cette année est sans aucun doute la série Bref sur Canal + : ce récit au rythme syncopé et au forma ultra court de la vie d’un trentenaire parisien sur fond de musique électro a séduit des millions de téléspectateurs. Ce succès, Kyan Khojandi (auteur, réalisateur et principal acteur de cette shortcom) le partage avec le groupe The Name dont la musique illustre la plupart des épisodes. Rencontre avec un duo qui dépoussière le paysage audiovisuel français à coup de gros synthétiseurs analogiques.

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On vous a découvert à travers Bref, la série à succès sur Canal + dont vous assurez la plupart de la musique, comment vous êtes vous retrouvé sur ce projet ?   

La rencontre s’est faite naturellement, grâce à des personnes de notre entourage et à des connaissances communes. À l’époque, on profitait d’un petit buzz, grâce à un gros concert ou nous avons partagé la scène avec Vitalic, Étienne de Crécy… On s’est un peu connus grâce à ça. Ils ont direct flashé sur un morceau de notre premier EP, « Kidding » qui est depuis revenu souvent ponctuer les épisodes. Ils ont alors commencé à utiliser beaucoup de morceaux de nos disques, de notre live, et rapidement, nous leur avons proposé un gros paquet de compositions originales pour Bref, ce que nous continuons toujours, en parallèle à la préparation de notre album et de notre nouveau live.

Comment travaillez vous avec Kyan Khojandi? Il vous fait des « commandes » en fonction de ce qu’il recherche ? Vous travaillez ensemble sur les épisodes, sur le montage par exemple dont la musique est une part importante?   
           
Pas vraiment en fait. Nous sommes assez libres de ce que nous proposons, on essaye surtout de leur rendre une belle diversité de morceaux. On a compris leurs attentes : du son locomotive, des belles variations, et ce côté « stop go » qui caractérise cette série. Néanmoins, ça arrive de temps en temps qu’ils aient besoin d’une variation pour un passage particulier. Et très rarement, une commande pour un morceau kitsch (l’épisode du mariage) ou un morceau de techno un peu naze (techno de province dans Bref, je ne sais pas dire non). On échange autant avec Kyan qu’avec Bruno « Navo » muschio (co-auteur), Harry Tordjman (producteur) et surtout Valentin Féron, le « montueur » de Bref, comme ils l’appellent si bien (rires).
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Il est d’ailleurs crédité sur un de vos morceaux (Try Again). Participe-t-il activement au processus de création musicale avec vous ?
 
Kyan, en plus des talents qu’on lui connaît, est un excellent musicien, avec une oreille de fou. Il est quand même prix de conservatoire d’alto! Try again, ce n’est pas juste un crédit, c’est une compo qu’on a vraiment faite ensemble, en partant d’une de ses mélodies et d’un morceau à lui. C’est une super expérience qu’on va reproduire, mais pour le reste, on fait tout nous-mêmes.
 
Avez-vous été étonnés par le succès de Bref ? Comment l’expliquez-vous ?
 
C’est vrai qu’on ne pouvait pas s’attendre à un tel engouement… Mais ça paraît évident, c’est un format court, à l’image de notre mode de consommation du web. C’est très rythmé, et ultra ancré dans la génération des jeunes et des trentenaires de 2012.
 
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Ça vous ennuie que tout le monde vous parle de Bref  tout le temps ?
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En ce moment, on ne nous parle pas de Bref tout le temps…. On a un album en préparation, nous partons au printemps de Bourges, il y a plein de projets qui se profilent. Et puis on est tellement enfermés à bosser qu’on a pas le temps de se poser la question… En tout cas, ça ne nous embête pas puisqu’on est super heureux de participer à cette aventure, la série est top, l’équipe est mortelle… Et c’est clair que Bref a bien participé à tout ce qui nous arrive.
 
Venons-en à vous, quel est votre parcours musical ? Comment vous êtes vous rencontré ?
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Ça fait plus de 10 ans qu’on joue ensemble déjà… On faisait du jazz/funk façon Herbie periode 70’s dans un groupe qui existe toujours, Funky Skunk. Déjà à l’époque, on kiffait tous les deux sur les sons Electro et les synthés analogiques, et on a décidé en 2007 de monter ce projet, poussés par le directeur artistique de la nuit blanche d’Amiens, qui est aujourd’hui notre manager, pascal Sanson.
 
Pourquoi ce nom, The Name ?
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A la base, l’idée était de trouver un nom simple et porteur. Et c’est une manière de ne pas nommer quelque chose ou quelqu’un, de rappeler que derrière un nom, il y a d’autres noms, des figures qui marquent notre musique, de Giorgio Moroder à Iggy Pop, en passant par Thomas Bangalter ou même Andy warhol… Dans certaines religions « le nom » est la manière de nommer une figure divine. Mais ça on ne va pas le dire quand même, ça serait abuser (rires).
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Quelles sont vos influences musicales ? Comment en êtes-vous venus à vous spécialiser dans les synthés analogiques ? Est-ce un retour à plus de légitimité musicale, à un son plus traditionnel ? Une manière de concilier vrais instruments et musique électronique ?
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Il n’y a même pas eu à faire le choix, c’était tout naturel… Dès qu’on a commencé à faire de la zique ensemble il y a 10 ans, quand on faisait des sons jazz/Funk, David était déjà un puriste des vieux claviers, Rhodes, Clavinet, MiniMoog. Du coup, on a commencé à jouer avec ces synthés qui, soyons clairs, sonnent grave ! En fait, on a un peu un parcours à l’inverse des formations d’Electro actuelles, puisqu’on a commencé en jouant, en jammant, avec une approche très rock et jazz de la zique. Et on a très longtemps galèré à bien produire nos sons, c’est seulement maintenant qu’on commence à avoir une approche et une certaine connaissance de la production. Quoi qu’il en soit, on préfère jouer tout ce qu’on peut, être libres de nos morceaux en live. Et puis, c’est une question de choix esthétique, certains artistes défoncent avec des prods digitales, mais les synthés comme le Juno 60, le Moog, tu le branches, et ça sonne direct… Avec un putain de gros son. Un jour Arnaud Rebotini, qui nous a soutenu dans la création du projet et dans l’apport des synthés nous a dit « avec ces machines, dur de faire preuve de mauvais goût » bah on est super d’accord avec ça ! Pour nos influences, en Electro, ça va de Zombie Zombie à Daft, en passant par Aphex Twin, Siriusmo, et bien sur les incontournables LCD Soundsystem, pour ne citer qu’eux. Mais aussi la partie disco, jazz et funk avec Giorgio Moroder, Herbie Hancock, Cameo, Prince… ou encore le bon gros rock avec des groupes comme les Clash, Stooges. On adore la nouvelle scène Electro/Pop comme Metronomy, Ok Go, Little dragon… On aime tellement de choses en fait.
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Est-ce que vous pensez qu’on assiste à l’apparition d’une « scène analogique », comme on a pu parler d’une scène french house it dans les années 1990, avec des artistes comme Museum, Rafale et surtout Arnaud Rebotini ?
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Ce qui est drôle, c’est que tu cites Arnaud Rebotini et deux projets dont il est direcement le producteur. On ne sait pas si on peut parler d’une apparition ou non, si tu regardes bien, il y a des synthés analogiques partout et depuis longtemps. Il y a tellement de groupes de musiques actuelles, quel que soit le genre, qui se pointent sur scène avec du Juno 60, du MS 20 ou du gros prophet… Et pour prendre l’exemple des Daft Punk, piliers de la scène french touch, au début de leur carrière, faisaient leur live avec de la boîte à rythme Roland, tb 303 et du vieux sampler analo… Il n’y a bien qu’au milieu des années 80 qu’on a essayé d’oublier les synthés analogiques, mais on y est vite revenus !
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Vous êtes connus pour vos lives dynamiques. Quel est votre secret alors que vous n’êtes que 2 sur scène ?
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De la sueur, plein ! Bah on s’éclate à faire ça, rien de plus… On sent vraiment que le public actuel apprécie d’aller à une soirée électro et de voir deux mecs s’exciter derrière de vrais instruments… 
 
 
Vous avez sorti deux EP. À quand l’album ?
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L’album sera bouclé avant notre live a Bourges et est prévu pour le mois de Mai !
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Quelle est votre actualité immédiate ? Vous participez au Printemps de Bourges en avril, la pression monte ?
 
C’est clair qu’on ne va pas chômer d’ici là… On doit avant tout boucler notre album très rapidement, et monter notre nouveau live d’ici là… Tout en jonglant avec Bref ! Le printemps de Bourges est évidemment une échéance hyper importante pour nous, qui demande une super préparation. Mais on a la chance d’avoir une pure équipe et d’être très bien entourés.
 
 
Dernière question. C’est un peu la tradition en cette période de lancement de notre site, on demande à nos invités ce qu’ils pensent de notre nom. Alors, « Profondeur de Champs » ça vous évoque quoi ?
 
On aurait peur d’être un peu vulgaires (mauvaise blague à deux balles). Non, honnêtement, le nom est cool, on est nous même assez fans des références à l’image et au champ cinématographique.
 
Pour plus d’informations: www.thename.fr 

Entretien réalisé par Paul Grunelius
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