De la culture à Hong Kong, ou de sa terrible absence

Billet d’humeur  – Apologie du rôle de la culture dans la société 

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Au cours de cet article, je vais paraître à bien des égards comme prônant un élitisme culturel irréaliste. Cependant, je tiens à souligner que je suis le premier à décrier la pédanterie dans laquelle sombre parfois l’élite culturelle autoproclamée parisienne. Le modèle culturel que je me propose de défendre ici au travers de la description de ce qui se passe dans « la ville mondiale d’Asie »[1] est finalement ce que plusieurs pays européens, à la tête desquels la France, font déjà, et qui pour moi est primordial, vital même. Il est une des raisons pour lesquelles ma chère Vieille Europe suscite toujours autant d’admiration, et ce, malgré tous nos déboires. Si Paris demeure la ville la plus visitée au monde, et que les autres grandes capitales européennes continuent aussi d’occuper une place prééminente, c’est en partie parce que nos sociétés ont conscience de ce que représente la culture, et de ce qu’elle peut apporter. Le fait de ne pas la fuir, ou pis, de « sortir son revolver »[2] dès lors qu’on entend son nom est primordial. Si je me montre aussi véhément et expose des idées a priori  tout à fait communes et convenues en ce bref avant-propos, c’est parce que mon expatriation pour un an à Hong Kong m’a fait subir la terrible désillusion de constater qu’il n’est justement pas évident partout que la culture est importante, et que depuis des mois, alors même que je gravite autour d’un milieu universitaire, je me vois affligé d’un manque culturel cruel ; à Hong Kong, la culture n’existe plus !
Alors qu’il me fallait choisir mes cours pour mon second semestre d’échange, j’étais relativement enthousiasmé de pouvoir choisir un cours intitulé « La philosophie va au cinéma »[3]. En effet, ce simple titre réuni deux de mes grandes passions. Ainsi, à la première séance de cet enseignement, je me suis entretenu avec mon voisin de pupitre. Après une conversation aussi plate que répétée lors d’un échange universitaire consistant à expliquer que je venais de France et qu’on ne faisait pas exactement que de la science politique à Sciences Po, j’exprimai mon enthousiasme à l’idée de suivre ce cours, étant venu à Hong Kong en partie parce que j’étais un grand admirateur de Wong Kar Wai, lui-même hong kongais. C’est alors que mon voisin, étudiant de troisième année en marketing me fit une réponse, qui je dois l’avouer, me poussa presque aux larmes, en substance : « Je ne peux pas regarder ça, c’est bien trop cérébral. Quand je regarde un film, je ne veux pas avoir à me fatiguer à réfléchir ! ». Je ne puis trouver de mots assez forts pour exprimer ma consternation, voire même mon dégoût meurtri alors que j’entendais cette explication sidérante. Il me fut alors très dur de prendre sur moi pour me fendre d’un sourire complaisant afin de ne pas vexer mon interlocuteur.
J’ai conscience que ma réaction puisse être quelque peu excessive. Certes, j’admets que je ne puis décemment exiger de chacun qu’il ait une passion pour les films très peu accessibles. Après tout, moi aussi j’aime à m’abrutir pendant des heures et des heures à regarder les émissions toutes plus consternantes les unes que les autres sur MTV. Il m’arrive aussi de buter sur certains films, que je trouve profondément ennuyeux. Je me rends aussi bien compte qu’il n’est pas fréquent d’avoir lu la plupart des grands philosophes à vingt ans, et de ne jurer que par des figures plus ou moins torturées du XIXème siècle. Je suis assez lucide pour me rendre compte de cela. Cependant, comment est-il possible qu’un individu ayant fréquenté l’éducation supérieure ne puisse en aucun cas considérer qu’un film puisse être davantage qu’un divertissement uniquement voué à passer le temps ? Pis encore, comment peut-on affirmer avec un certain flegme qu’on ne veut à tout prix pas penser ? Ceci d’autant plus que la personne en question s’était inscrite dans un cours relatif à la philosophie dans le cinéma !
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Ce n’était toutefois pas la première fois qu’on m’infligeait une réponse semblable, telle une gifle douloureuse. A vrai dire, c’était déjà une satisfaction en soit que mon voisin connût Wong Kar Wai, la plupart des personnes avec qui j’ai pu converser de la chose ne le connaissant pas. Je remarque, par ce simple exemple, deux facteurs qui illustrent de manière édifiante la place de la culture à Hong Kong ; le premier est que l’attrait pour la culture est très généralement limité, le second est que tout ce qui peut potentiellement amener à réfléchir un peu est rejeté. Je tiens à préciser ici que ces impressions sont empiriques. On connaît surtout Hong Kong pour ses hautes tours et son industrie financière. Cette ville de sept millions d’habitants repose d’ailleurs à plus de 90% sur les services, qu’ils soient financiers, ou dédiés à la vente en magasins. En effet, Hong Kong ressemble à un vaste centre commercial, où des malls tous plus luxueux les uns que les autres, surplombent chaque station de métro.

Car c’est bien là ce qui caractérise Hong Kong : La consommation. C’est très simple, depuis que je suis là-bas, il me semble que je ne puisse rien faire, hormis l’activité physique, qui ne nécessitât point de payer pour consommer. Les autochtones gravitent dans un endroit où tout est service au consommateur, et où il est possible de tout faire sans effort, pourvu que l’on dédaignât y mettre le prix. Cela a pour effet de placer la population dans un état de léthargie intellectuelle avancé. En effet, la culture ne paie généralement pas beaucoup. Elle a plutôt l’effet inverse, étant la plupart du temps subventionnée. Dès lors, au pays du marché supposément roi, ce qui est en réalité une chimère et un mensonge éhonté, mais ce n’est pas là mon propos, les activités culturelles peu rentables ont presque totalement disparu. Par exemple, les parcs, certes très artificiels, sont la plupart du temps à moitié vides et les rares musées, pourtant très bien entretenus et garnis, sont quant à eux totalement vides. Pourtant, les autorités semblent avoir en partie pris conscience du problème, non pas par égard pour leur population, mais parce qu’elles veulent promouvoir le tourisme. Ainsi, fortes de leurs moyens dignes des monarchies du golfe, elles se sont engagées sur un projet de 2.2 milliards d’euros afin de construire le West Kowloon Cultural District. Ce projet s’annonce dès lors comme un échec, la population locale ne daignant pas s’y aventurer.
En somme, la population hong kongaise est devenue ce que les différentes industries américaines semblent avoir voulu faire de leur population, avec un échec partiel ; des individus uniquement voués à la consommation. L’impression qui m’est renvoyée ici est qu’il est impossible de s’assoir cinq minutes sur un banc, et de réfléchir. Là où en France, tout le monde semble avoir une opinion sur certains sujets, à commencer par la politique, les hong kongais frustrent leurs homologues étrangers par leur manque d’opinion assumé. La curiosité semble ne pas exister, et tout ce qui a plus de six mois est absolument périmé. Ainsi, connaissance, réflexion et esprit critique sont absents.
Ceci est d’autant plus frustrant que Hong Kong possède un potentiel culturel extraordinaire du fait de son histoire passionnante. Sans même remonter trop loin dans l’histoire, aux fondements de l’Empire chinois où déjà la région montrait des spécificités intéressantes, il est à noter que Hong Kong, tout comme une partie du sud de la Chine (la province du Guangdong), parle cantonnais, et non mandarin. Cependant, cette langue possède la même écriture que le mandarin. Dès lors, Hong Kong pourrait jouir d’une influence linguistique sans pareil sur une région comptant plusieurs dizaines de millions d’habitants (les échelles de population chinoises sont déroutantes !). Rien n’y fait. Les habitants se contentent de parler cantonnais pour marquer leur différence avec la Chine continentale, quelque peu à l’image des catalans vis-à-vis de Madrid, sans pour autant tenter de rayonner du fait de la langue. Autre élément intéressant, le fait que Hong Kong eût été un comptoir de sa gracieuse majesté la Reine d’Angleterre du milieu du XIXème siècle jusqu’en 1997. L’influence de la culture anglaise, le fait que Hong Kong soit une ville chinoise, l’internationalisation relative récente de la ville autour de la finance ; tous ces éléments auraient pu accoucher d’une culture des plus intéressantes.
Il n’en est rien. Pis, il n’y plus aucune trace de la colonisation britannique, et les seuls éléments anglo-saxons de la ville sont des pubs dans lesquels se pressent les expatriés, où des écoles privées en langue anglaise où la réflexion s’articule autour du dogme religieux à la sauce évangéliste. A vrai dire, ma visite au très beau et très intéressant musée de l’histoire de Hong Kong m’avait fait entrer dans une fureur terrible et m’avait frappé d’une tristesse immense. J’ai pu y constater que Hong Kong s’était défait de pratiquement tous ses bâtiments historiques. Que ce soient les temples traditionnels, les remparts du temps de la dynastie, ou les bâtiments coloniaux qui ne sont pas sans rappeler ce que l’on peut trouver dans les endroits acceptables de la Côte d’Azur. Plus rien. Tout a été rasé. Car en effet, au-delà des buildings qu’on peut admirer sur les cartes postales, qui sont tous concentrés sur l’île de Hong Kong, la ville est uniquement constituée de ce qui s’apparente fortement à des barres HLM de la banlieue parisienne. Seulement plus élevées. Ainsi, lors de mon arrivée, j’ai eu l’impression d’être à Aubervilliers. Ne pouvaient-ils pas au moins conserver quelques bâtiments ? Fallait-il absolument tout raser au nom des plus-values immobilières ?
Ainsi, Hong Kong est le seul endroit où je sois allé et où je ne pus trouver nulle trace de culture au sens noble du terme. Par ailleurs, même la culture populaire semble très limitée. Seulement quatre chaînes de télévisions, qui ne passent que des séries taïwanaises ou coréennes, des cinémas se concentrant sur les films grand public, de la music pop, là aussi très largement importée de Taïwan et de Corée du Sud… Moi qui pensais que Buffalo (état de NY) était le plus grand néant culturel de la planète, imaginez mon affliction…
Cependant, on pourrait légitimement m’objecter que la population hong kongaise possède l’une des plus longues espérances de vie, qu’elle est plutôt opulente, que Hong Kong fait rêver certains. Pourquoi donc auraient-ils besoin de penser ? Que pourrait leur apporter la culture ? Ma réponse sera tout à fait personnelle, et sera uniquement fondée sur des éléments empiriques, id est issus de mes diverses conversations avec des locaux au cours de ces derniers mois. De tous les étudiants à qui j’ai pu parler, aucun ne m’a semblé vouloir demeurer à Hong Kong à l’avenir. La plupart le feront par fatalité, mais tous semblent ne pas aimer l’endroit où ils vivent. Tous, par ailleurs, semblent nourrir un complexe d’infériorité terrible par rapport aux occidentaux. Autre élément, la frustration face à un consumérisme dévergondé et très basique, alors que seule une minorité de la population profite des richesses énormes de la ville, qui m’affecte alors que je ne suis ici que depuis quelques mois semble littéralement torturer la plupart de mes condisciples. Enfin, le manque de racine provoqué par le manque de mémoire semble leur donner un sentiment de bâtardise culturelle.
La culture pourrait apporter aux personnes que j’ai rencontrées une alternative au consumérisme abrutissant. Une œuvre, quelle qu’elle soit, coûtera moins cher qu’un tailleur Chanel, et pourra occuper l’esprit pendant davantage de temps. Par ailleurs, la culture pousse à la réflexion et à l’épanouissement intellectuel, ce qui ôterait une grande partie du mal être qui semble habiter une partie de la population. A ceci, il faudrait rajouter que cela permet un échappatoire à la vie de tous les jours ;  je  me serais sûrement jeté par ma fenêtre si je n’avais pu m’évader par le biais de la culture disponible sur internet ou dans la Bibliothèque de mon université. Enfin, la mémoire que donne la culture, en termes d’histoire, afin de savoir d’où l’on vient, permet de davantage prévoir l’avenir, et de mieux vivre son présent.
Ceci pourrait aussi servir aux élites hong kongaises, qui sont dévorées par une avidité destructrice. La prospérité de cet endroit est uniquement conjoncturelle. C’est en effet un quasi-paradis fiscal par lequel transitent 46% des investissements vers la Chine. Par ailleurs, l’ordre de grandeur du ratio que représente la population de HK par rapport à celle de la Chine est le même que celui de Monaco par rapport à la France. Une fois que l’on pourra directement investir en Chine, il en sera finit de la prospérité hong kongaise. On peut déjà en voir les prémices avec la montée en puissance de la bourse de Shanghaï. Par ailleurs, les libertés individuelles existant à Hong Kong par rapport à la Chine continentale ne sont pas exploitées. Alors que l’endroit pourrait être un havre de liberté créative recueillant la plupart des expatriés opprimés de langue chinoise, avec donc un rayonnement intéressant, rien n’a été fait en ce sens. Si les élites dirigeantes de Hong Kong avaient un peu plus pris le temps de la réflexion, peut-être ne seraient-ils pas face au gouffre qui les attend.
La culture, outre ses bienfaits en termes de divertissements et d’équilibre intellectuel, permet aussi de développer la réflexion, la raison, l’esprit critique, et de nous rendre meilleurs. Ne l’oublions pas, ce que nous avons ici en Europe est précieux, et peut-être nous sauvera-t-il un jour.
EVSR

[1] C’est là le slogan lance par les autorités touristiques hong kongaises.
[2] Cette phrase est très souvent prêtée à tort à Göring ou à Goebbels, alors qu’elle a été prononcée par Baldur von Schirach. Goebbels, à titre d’exemple, avait parfaitement compris l’importance de la culture au sein de la société allemande, et l’a instrumentalisée pour produire les effets désastreux que l’on sait.
[3] J’ai, bien évidemment, traduit l’intitulé de ce cours.
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11 réflexions sur “De la culture à Hong Kong, ou de sa terrible absence

  1. Plutôt pédant et pseudo élitiste. Ca ressemble à une dissertation de philo écrite par un terminal sur la culture et son bien-fondé.
    Je préfère vos articles liés à la musique.

    • Bonjour Jean,
      Nous comprenons ton intervention. Mais Profondeur de champs est aussi un espace de dialogue et d’opinions.
      Ainsi, ces propos ne sont pas sans intérêt selon nous. Ils n’engagent surtout que leur auteur.
      Bien à toi

  2. Une immonde soupe de bien-pensance qui s’évite soigneusement la réflexion. Vous répétez des conclusions faussement évidentes pour sombrer dans un marasme verbeux et complaisant.

    Appelez ça « Apologie de l’anti-philosophie » plutôt.

  3. Peut-être que vous jouissez à l’idée de susciter de la colère en nous, simples autochtones ineptes de porter un esprit critique sur quoi que ce soit, ou alors peut-être bien que la plupart des philosophes dont vous avez eu le privilège de lire ne vous ont décidemment rien apporter.

    En lisant votre article ce ne sont pas vos leçons qui prennent place dans nos mémoires mais votre arrogance vis à vis de la culture hongkongaise – de ma culture. Certains français s’intègrent bien à Hong Kong mais de nombreux ne font même pas l’effort, vous en particulier.

    Pensez-vous vraiment à la hauteur de porter jugement sur toute une culture ? Alors que tous les jours je vois des français, mes compatriotes par le droit du sang, mépriser à voix hautes les locaux, mes compatriotes les plus proches et les plus semblables. Alors que vous êtes des invités sur les terres de nos familles. Votre plume est irréprochable mais vos propos sont d’une maladresse peu étonnante. Cependant je dois reconnaître que votre ingratitude est profondément blessante. Sommes-nous réduis à l’ignorance d’un « élite » de scpo ?
    Est-ce de cette manière que doit se comporter une communauté qui bénéficie de la culture alors qu’elle représente sa nation dans un pays qui n’est pas le sien? Je dis bien communauté car il faut bien avouer qu’il s’agit d’une communauté de français aisés et qui ont fréquenté l’éducation supérieure.

    Comme vous l’avez dit Profondeur de Champs est un espace de dialogue et d’opinion et pour cela je respecte votre droit à l’opinion et j’espère que vous me rendrez le service. Quant à l’auteur, ôtons le de son échappatoire et nous verrons bien s’il se jette par la fenêtre – l’expérience en vaut bien la peine.

  4. Je trouve cet article maladroit.
    Je n’ai qu’une seule remarque : Le manque de débats et d’échanges politiques s’explique principalement par le fait que dans un bon nombre de pays d’Asie il est, à vrai dire, tabou de parler de politique entre amis, au travail, en famille. Comme au Japon, l’opinion politique et le vote restent strictement privés, secrets et personnels. Ainsi « l’absence de curiosité politique » se justifie simplement par… cette culture, singulière certes. Comme quoi, il y en a bien une à HK.

  5. Je pense que, bien que cet article soit parfois maladroit car éminemment subjectif, il est avant tout très bien écrit, et surtout il propose de façon argumentée et nuancée un point de vue sur la confrontation entre deux cultures.

  6. @Jean :
    J’accepte volontiers votre critique concernant la pédanterie, ayant sciemment forcé ce trait. Pour ce qui est du pseudo-élitisme, c’est l’objet-même de cet article, à savoir qu’il ne semble pas y avoir de pseudo-élite culturelle à Hong Kong, ce qui a aussi un impact sur le degré de pénétration de la culture en général. Quant à savoir si je fais partie d’une pseudo-élite culturelle française, c’est un autre débat.
    Nonobstant, je ne puis souffrir votre assertion relative à « la dissertation de philo écrite par un terminal sur la culture et son bien-fondé ». Premièrement, cet article est fondé sur des éléments empiriques, et est d’une subjectivité assumée et incontestable, soit le contraire du travail de dissertation qui repose sur un balancement circonspect supposément transcendant.
    Deuxièmement, vous semblez retirer de cet article une apologie du bien-fondé de la culture d’un point de vue philosophique. Si je puis me permettre, à aucun moment je n’ai prétendu que cet article avait une quelconque portée philosophique. Il s’agit d’un témoignage, de la restitution d’un sentiment personnel, soit l’antithèse de la philosophie.
    J’aurais très bien pu appeler à mon secours des arguments d’autorité afin de donner une apparence philosophique à mon article. Ainsi, j’aurais pu arguer qu’une certaine élite dominante instrumentalisait les masses et veillait à ce que ne se formassent point de potentiels rivaux (Marx). J’aurais alors enchainé sur une réflexion quant à l’uniformisation que la société ainsi instrumentalisée inflige à l’individu par le biais des effets de masses (Kierkegaard). Enfin, je me serais attardé sur le fait que la volonté individuelle, devenue collective par cette uniformisation, lobotomisait les braves citoyens hong kongais en leur donnant une sensation d’accomplissement par le consumérisme et qu’ainsi ils se leurraient sans s’en rendre compte, leur acception de la réalité étant faussée par leur volonté (Schopenhauer). J’aurais conclu le tout par une élégante mais pesante référence à Albert Camus, quant à l’éternelle frustration de Sisyphe appliquée au consumérisme sans conscience, mais dont l’endoctrinement aurait fait un but.
    Si j’avais procédé de la sorte, j’aurais effectivement mené à bien un travail de lycéen. Ce n’est pas le cas.
    Quant à votre dernier commentaire, je suis tout à fait d’accord avec vous, la rubrique musique de Profondeur de champ est excellente 😉

    @ Hank :
    Je vous invite à vous référer en partie à la réponse faite à Jean. J’aimerais cependant vous apporter d’autres éléments afin de répondre au mieux à vos critiques.
    Pour ce qui est d’éviter « soigneusement » toute réflexion, je ne suis que partiellement d’accord avec vous. En effet, il s’agit d’un témoignage, et non d’une analyse systématique. Néanmoins, vous ne pouvez pas me porter grief de ne pas tenter de m’attaquer aux causes plus profondes de ce vide culturel, le recul m’étant insuffisant. Il s’agit d’un état des lieux, et non-pas d’une réflexion exhaustive.
    Pour ce qui est de la « bien-pensance »… Je tente de trouver ce à quoi vous faîtes exactement référence. Faute de précision, voici deux hypothèses : La première serait un discours pseudo-colonialiste assumant la supériorité française sur les autochtones a priori. Je m’en défends, n’ayant pas comparé les cultures per se, mais l’approche à la culture. La seconde serait que je défends l’évidence sous des airs provocateurs. Très bien, vous avez raison, j’enfonce des portes ouvertes. Cependant, l’exemple est relativement exotique, d’où le potentiel intérêt de l’article. Il est rare de trouver des situations in situ permettant d’illustrer des situations tout à fait théoriques.
    « Appelez ça “Apologie de l’anti-philosophie” plutôt. » Effectivement, c’est subjectif, c’est personnel, c’est empirique. Quant à aller jusqu’à l’apologie, c’est un peu excessif.

    Les réponses aux commentaires suivants viendront prochainement.

  7. @ Thibault Tam :
    Je me permets de délayer ma réponse à votre commentaire, souhaitant me montrer plus exhaustif.

    @ Jack :
    Merci de votre commentaire.

    @ Marie L. :
    Je n’ai jamais douté de la présence d’une culture à HK. Du moment qu’il y a une communauté, il y a une culture (c’est très aristotélicien…). S’il y a un territoire et une langue (merci Fichte), cette culture se démarque d’autant plus du fait de l’histoire qui l’accompagne. Passés ces lieux communs, là où le bât blesse à HK, c’est que la culture au sens noble du terme semble en berne.

    Quant à votre référence au Japon, je tiens à la réfuter. Il n’existe pas de culture asiatique comme il peut exister une sorte de culture européenne tout à fait relative, et le Japon est un pays tout à fait à part du fait de son hermétisme millénaire. D’un point de vue de la culture politique, HK est à rattacher à deux influences majeures qui ont accouché d’une approche sui generis.

    La première est britannique, le système politique en place étant calqué sur le système colonial. Ainsi, l’assemblée est à moitié élue par les intérêts économiques, et à moitié par les citoyens, tandis que le chef de l’exécutif est élu par les intérêts économiques avec l’assentiment de Pékin (de facto, cela aboutit à ce que HSBC et consorts proposent à Pékin un candidat, qui choisit de l’adouber ou non). Il est à noter que la justice est indépendante dans le plus pur style de la Common Law, loin du légisme traditionnel chinois.

    L’influence Chinoise se ressent dans le fait que les élites politiques sont très souvent issues des élites économiques, ou bien d’intrigants de l’administration. Cependant, le cliché selon lequel les chinois sont un peuple obéissant et sans conviction me semble tout à fiat infondé. Il me semble, et je m’appuie ici sur mes connaissances ainsi que mon expérience, que l’opinion publique chinoise soit avant tout concernée par sa situation matérielle. Je ne pense pas qu’elle soit la seule, il n’y a en effet jamais eu, à ma connaissance, de révolution quand le pain était abondant.

    D’ailleurs, les rares médias parlant vraiment de politique à HK semblent uniquement concernés par les scandales politiques et par la question de l’immigration et du rapport avec la Chine continentale. En effet, HK étant dans une période faste, les questions fondamentales semblent éludées, l’idée qu’on ne change pas une formule gagnante semblant être dominante.

    D’une manière générale, la manière dont est appréhendée la politique est très décevante, j’en conviens, car HK a la chance de pouvoir, potentiellement, à la différence de la Chine continentale, d’avoir un véritable débat public, et de devenir une sorte de think tank grandeur nature pour la politique chinoise. Néanmoins, une implication minimale est nécessaire pour mener à bien de tels plans…

  8. @ Thibault Tam :
    Avant toute chose, je vous remercie d’avoir pris le temps d’écrire un commentaire relativement long. Je suis tout à fait ouvert à la critique, qu’elle soit constructive ou non d’ailleurs, et j’apprécie grandement le fait que vous développiez la vôtre. Par ailleurs, je serais ravi de lire un article de votre part contrebalançant le mien, comme l’a suggéré l’équipe de Profondeur de Champs.

    Ceci étant dit, je tiens toutefois à me dédouaner de l’une de vos critiques principales, consistant à penser que je n’ai pas fait l’effort de découvrir Hong Kong et que mon approche était colonialiste. A aucun moment je n’ai pris les autochtones de haut, les plaignant plutôt que je ne les dénigrais. Je tiens à préciser qu’à la différence de la plupart des occidentaux présents à HK, j’ai vraiment cherché à découvrir l’endroit et ai toujours respecté ses habitants. Là où nombre des expatriés ne s’aventurent jamais en dehors de l’île de Hong Kong, et ne fréquentent que des lieux de débauche comme Lan Kwai Fong ou Wan Chai où ils se comportent de manière outrageuse, je n’ai jamais eu cette étroitesse d’esprit peu respectueuse.

    Le fait est que j’ai déployé de réels efforts pour apprendre à connaître HK à bien des égards, que ce soit pour son histoire, son état actuel ou la manière dont ses habitants vivent. Je ne suis pas arrivé en conquérant blanc cherchant uniquement à reproduire mon style de vie parisien, ni ne me suis présenté en métropolitain venant mener à bien un safari dans une colonie. J’ai gardé mon identité et mon comportement français en l’adaptant à l’endroit où j’étais. En effet, il est impossible d’appliquer la lettre « A Rome, fais comme les romains » étant donné qu’il serait ridicule de prétendre que je puisse agir comme un chinois.

    Toutefois, j’ai scrupuleusement respecté toutes les coutumes et règles que les locaux m’ont enseignées et que je pouvais décemment appliquer en ma qualité d’européen, qu’il s’agisse de taper discrètement sur la table quand on me sert du thé ou de me plier aux usages locaux. J’ai fait preuve d’une ouverture d’esprit qui m’a moi-même surpris, étant un casanier renfrogné. Ainsi, ce que je relate dans cet article, je le fais sous le coup d’une déception terrible, car j’ai vraiment tenté de comprendre HK, sans partir du principe que ma culture française allait se confronter à celle de l’endroit. Les jugements que je porte, je ne les porte donc pas en tant que représentant de la capitale hexagonale, mais en tant qu’individu à même de comparer deux approches différentes de la culture.

    Le résultat est maladroit, en tant qu’il décrie une ville de sept millions d’habitant dans son ensemble d’une manière pédante, mais c’est là le résultat d’une frustration terrible, et d’une consternation consommée face à l’absurdité de la situation. A aucun moment je ne méprise les autochtones, ni ne considère leur culture comme inférieure. Ce que je critique, c’est la manière dont celle-ci est méprisée et annihilée par l’ensemble des personnes qui se trouvent dans la région administrative spéciale.
    Pour ce qui est de votre couplet sur l’ingratitude face à une communauté qui m’aurait accueilli en son sein, de grâce, épargnez-la-moi ! Je me suis montré respectueux, ai toujours parlé honnêtement et de manière non-condescendante aux personnes que j’ai rencontrées. Pour ce qui est de l’idée sous-jacente que je suis venu profiter d’un endroit sans vergogne, je me permets ici d’affirmer que la communauté en question y trouve son compte sans aucun doute, non pas que j’apportasse quoi que ce soit en moi-même, mais simplement par le fait que j’en paie le prix comme tout le monde.

    Quant à l’idée que je réduis HK à l’ignorance, fort de mon pseudo-statut de représentant de « l’élite de la nation française », c’est exact. Le fait est que Hong Kong ne peut se targuer de posséder une élite républicaine comme celle de la France. La plupart des pays possèdent une telle élite, et je puis affirmer que Hong Kong n’en a pas, et que cela leur manque cruellement. D’autant plus que ce manque d’élite n’est pas dû à un phénomène de moyennisation à la Tocqueville, comme on peut apparemment le constater à Singapour, auquel cas je l’aurais applaudi des deux mains, en étant partisan. En effet, l’élite de HK est népotique, gérontocratique et économique. Elle s’est formée de manière tout à fait conjoncturelle, en profitant du fait que HK soit une interface avec la Chine. C’est encore moins glorieux que de posséder une rente. D’ailleurs, les autorités hong kongaises gèrent nettement moins bien leur avantage comparatif que la plupart des pays dans une situation similaire, à commencer par le rival singapourien et les autres micro-Etats richissimes du golfe persique.

    Et c’est là la conclusion de mon propos ; Hong Kong souffre de ce manque d’élites, et je pense qu’il est en partie dû, en partie (j’insiste), à l’état de dépravation culturel avancé dont souffre l’archipel et la presqu’île. Là où la Chine continentale est tirée de manière convaincante, pragmatique et efficace par une élite éduquée et visionnaire, qu’importe la manière dont elle arrive en place, qui ne méprise pas son héritage culturel, qu’il soit millénaire ou issu de la révolution de 1949, celle de HK semble abrutie et en proie à un hédonisme destructeur à moyen-terme.

    Mes mots peuvent paraître très durs, mais c’est plus par compassion pour le pays de vos origines que par intérêt personnel. J’ai rencontré à HK des personnes formidables, et je ne leur souhaite pas ce qui leur arrive et va leur arriver. Le reste de mon amertume est dû à ce que j’endure personnellement. Ainsi, quand vous concluez par un cinglant « Quant à l’auteur, ôtons le de son échappatoire et nous verrons bien s’il se jette par la fenêtre – l’expérience en vaut bien la peine. », je puis vous assurer que mon périple me semble très très long. Je vous invite à tenter de vous couper totalement de toute activité culturelle, ce qui vous forcera à porter des œillères si vous vivez en France, et je ne serais pas surpris si vous ressentiez un vide en vous. Essayez, l’expérience en vaut la peine.

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