Tompouce : La chanson pour écrire

 .
Intrigué par les chansons de Thomas qui a cela de rare parmi les nouveaux compositeurs qu’il écrit en français et n’est jamais avare de mots, nous lui avons demandé s’il pouvait écrire une courte présentation, de lui et de son travail. Il en ressort quelques lignes passionnantes, sur l’écriture et sur sa vie.
 .
« Bon, eh bien pour faire simple et précis, j’ai 23 ans, je suis étudiant en Droit International, et actuellement en Master 2 à Buenos Aires. Et je suis Breton (ce qui peut servir pour la compréhension de certaines de mes chansons !).
Je combine quelques accords depuis l’achat de ma première guitare à 15 ans, mais mes talents de musicien n’ont pas encore fait et ne feront sans doute jamais leur apparition. Je concentre par contre, et cela depuis le début, mon travail sur l’écriture et implore les musiciens que je rencontre pour qu’ils m’aident à accompagner de manière convenable les quelques lignes me semblant dignes d’être mises en chanson.
J’ai commencé à écrire sur des thématiques très  »légères », sur la vie quotidienne, sur ce qui m’entourait au lycée, comme les conversations des filles devant les lavabos, le choix entre le sucré et le salé, le soir seul dans sa cuisine, les premières cuites… Puis, je me suis naturellement mis à écrire sur l’amour, le temps qui passe. J’aurai mis un certain nombre d’années à oser aborder ces thématiques mais aujourd’hui, je suis à peu près certain de ne pas les quitter avant un bon moment. J’y ai trouvé une certaine libération, j’ai compris que je parvenais à  »coucher sur le papier » des choses que je n’aurais jamais eu le courage de dire à voix haute, que je pouvais, en l’espace de 3 minutes, expliquer aux personnes m’entourant certaines de mes pensées les plus profondes sans qu’elles puissent discerner avec certitude ce qui relève de l’invention de ce qui relève de la confession.
J’ai longtemps cherché à savoir si j’écrivais pour moi ou pour les autres. Je commence à comprendre que si je n’écrivais pas d’abord pour moi, les autres ne trouveraient aucun intérêt à m’écouter et que si je ne m’avouais pas le besoin du regard des autres, je ne parviendrais pas à expliquer ce qui me pousse à  »composer ». Un juste milieu, le bon équilibre au final.
J’espère continuer à écrire sans savoir réellement l’objectif final de l’accumulation dans un dossier de mon ordinateur de textes souvent inachevés, rarement peaufinés. Je me rassure en écrivant dans certaines chansons que tout ne doit pas toujours être justifié. Alors j’accumule des textes, et je trace au fur et à mesure les grandes lignes de ma vie. On verra bien où cela me mènera… »
 .
Maintenant que Tompouce nous est familier, voici l’un de ses textes. Amoureux des mots, une élégance involontaire transparaît à chaque couplet malgré la familiarité passagère du langage. Un paradoxe qui rappelle Brassens, bien sûr, mais la comparaison s’arrête quand au fil du texte, un style particulier émerge, et c’est une douce atmosphère de lutte contre tout prosaïsme qui nous parvient…
 .

L’histoire de la dame aux talons

Je prends le tempo de tes pas, comme une  »instru » créée pour moi

Pour une  »impro » faite sur mesure, au rythme nu de ton allure

Ta façon d’être et ta cadence, me font entrer en décadence

La résonance de chaque foulée entraîne la fuite de mes pensées,

Ton élégance, une exigence, une évidence, une imprudence

Ton élégance, pas d’ négligence, pas d’apparence, une permanence

Faisons silence et fixons-nous, sur l’ métronome de ses talons

Ne tentons rien contentons-nous d’être l’esclave de cette chanson

Ta démarche est calculée, chaque foulée chronométrée

Ma filature n’est pas discrète, mais ton allure est si parfaite

Mon point de vue est limité à la connaissance de ton dos

Mais j’imagine ton visage comme le plus beau des paysages

La déception serait un risque, si j’ me décide à t’ dépasser

Alors je reste sur la piste que tu t’obstines à me tracer

J’ai fais abstraction du contour, je n’ vois que toi, obnubilé

Disparition de c’ qui m’entoure, je n’ vois que toi j’ me laisse guider

C’est la chanson d’une rencontre entre une cadence et quelques mots

La rime suffit, ce joli conte s’accorde lui-même sur le tempo

J’écris pour elle tout lui revient, je n’ connais même pas son prénom

Laissons le mystère d’où il vient, l’histoire de la dame aux talons

Jeune demoiselle inconnue, participant à son insu

À cette  »impro » mise sur papier, le paradoxe est à rel’ ver

Je dois pourtant bien avouer que je complexe légèr’ment

J’ suis ni un nain ni un géant mais elle domine assurément

Je sais bien qu’elle a triché, elle a l’ réflexe de s’ rehausser

Elle n’est pas naturellement à cette hauteur sans ses souliers

Mais ne lui reprochons rien, remercions cet étrange besoin

De s’élever vers le plafond, c’est p’têt la suite de l’évolution

Je peux avouer avoir flashé, l’effet quasi-instantané

De sa démarche m’a scotché alors j’ la suis sans faire un bruit

Le bruit d’ ses pas doit m’ camoufler, restons honnêtes j ‘n’ irai jamais

Lui d’ mander l’heure ou un café, je reste tapi et à l’abri

C’est pas qu’ j’ ai peur mais soyons clairs, pour c’ genre d’occase j’ fais pas l’affaire

L’affaire est close n’en parlons plus, j’ fais l’overdose de c’ genre d’abus

L’incitation est pourtant là, tais-toi et marche restons-en là

J’ suis tiraillé par deux options, l’histoire de la dame aux talons

L’histoire de la dame aux talons, marchant au pas juste devant moi

Pas cadencés pour un tempo qui suit le rythme de mes mots

Jeune demoiselle ne s’ doutant pas du p’tit bonheur qu’elle distribue

Par le seul tempo de ses pas, pour un chanteur à ses débuts

Je la laisse pourtant s’éloigner, prochaine sortie c’est décidé

Mais je conserve le tempo, faut bien terminer ce morceau

Cette filature touche à sa fin, je garde l’image et le dessin

de cette princesse sur mon chemin, qui s’ ra sans cesse dans un p’ tit coin

De mes pensées d’ mes réflexions sur la beauté et l’existence

D’une femme parfaite, d’ la conception d’une femme discrète dont l’apparence

Reste un secret mais l’espérance reste concrète j’ tenterais ma chance

Au prochain rythme, prochaine cadence, qui tentera d’ me mettre en  »transe »

Restons là pour cette foi, le stade projet est moins stressant

Mais j’ garde le tempo de tes pas comme souvenir de ce moment

c’est un moment privilégié, que nous venons de partager

Je viens d’ changer de direction, l’histoire de la dame aux talons

 

Nous avons particulièrement aimé « What I see », douce ballade sur le thème de la liberté qui s’emballe, s’énerve, puis meurt doucement, comme au rythme du temps ; « L’hymne à la débauche » élucubrations dostoïevskiennes mais musicales, pensées confuses qui progressivement s’affirment ; et « Dream little boy » où la tristesse se confronte à la joie, et où la nostalgie naît de l’écriture. Et toujours sous le même signe : celui du temps, qui déjà s’écoule, malgré tout, malgré la jeunesse et l’inexpérience.

Ecoutez ces 3 chansons: 

« What I see »

« Hymne à la débauche »

« Dream Little Boy »

Vous pouvez retrouver les œuvres de Tompouce sur son site internet.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s