L’Autre

Sur El Hombre de al lado, film argentin de Gastón Duprat et Mariano Cohn
Un évènement vient bouleverser le train de vie habituel de Leonardo, designer en vogue argentin : le percement d’une fenêtre par son voisin, tel un œil venu troubler sa tranquillité et celle de sa famille. Pourtant, rien ne semblait pouvoir perturber son monde, un monde où tout est fait sur mesure, à l’image de cette magnifique demeure où il habite, la maison Curutchet, imaginée par le Corbusier.
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Son cauchemar commence par des bruits de travaux qui le réveillent le matin et un ressenti pour ce qu’il considère comme une faute de goût et une menace pour l’intimité familiale. Il prend les choses très à cœur et tente de se confronter avec son voisin mais un dialogue de sourd s’établit, sans que ni l’un ni l’autre ne fasse de réelle concession.
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Petit à petit, on réalise que la fenêtre n’est qu’un élément accessoire qui révèle l’incapacité de Leonardo à se remettre en cause, à réfléchir sur ce qu’il est. Tout le différencie de ce voisin indésirable ; lui, le designer aux lunettes carrées et à la coupe irréprochable, ne parvient pas à comprendre l’explosion de sentiments qui émane de la personnalité de Victor, le voisin.
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Ce film, sorti en mai 2011, est une vraie réussite dans son appréhension du thème de l’Autre. Prisonnier du cadre de l’appartement de la même manière que Leonardo est prisonnier de ses convictions, le spectateur se sent comme pris au piège. Aucune échappatoire ne semble exister. L’appartement adjacent n’est symbolisé que par cette ouverture, cette fenêtre qui représente le regard d’autrui, déstabilisateur, et qui reste inatteignable.
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Heureusement, la tension permanente est contrebalancée par un humour apaisant. Plusieurs scènes sont ainsi mémorables : Leonardo et l’un de ses amis qui deviennent fascinés par les travaux du voisin, prenant les coups répétés pour une partie intégrante d’un morceau de musique instrumentale qu’ils écoutent religieusement, un verre de vin rouge à la main ou encore le petit théâtre improvisé animé par Victor qui captive tant la fille de Leonardo. Les prises de vue de derrière l’épaule sont également astucieuses, transmettant par l’image l’impossible confrontation entre les deux personnages principaux.
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Jusqu’au bout, le spectateur est tenté de prendre parti pour Leonardo ou pour le voisin, expérimentant lui-même cette épreuve de l’altérité. Cependant, quel que soit le parti pris, la fin reste la même : la fenêtre qui avait été percée à grand fracas de coups de marteaux est refermée en silence, laissant place à une obscurité et à un silence de plomb.
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Aymeric Petetin
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