3D, 4D: d’une dimension à l’autre

(étrange chronique qui conseille des attractions thaïlandaises et des films qu’on ne peut plus voir)

Bangkok célèbre ce mois-ci le premier anniversaire de son petit dernier, son cinéma 4D. Le concept, tout le monde l’aura compris, est d’ajouter une quatrième dimension à la projection déjà en trois dimensions, par le biais de fauteuils mouvants et vibrants, de projections d’eau, de fumée, d’odeurs, de vent, …

L’intérêt de cette nouveauté bangkokaise ne vient pas de l’existence en elle-même de ce procédé que l’on trouve dans un grand nombre de parcs d’attraction, même en France, mais de la projection de films à leur date de sortie mondiale, et donc d’œuvres qui n’ont pas été produits au départ pour se voir ajouter une 4ème dimension. Puss in Boots, Mission Impossible 4 ainsi que Titanic ont donc été en même temps à l’affiche 3D et 4D des salles de Bangkok.
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Le rendu est très variable selon les films, certains s’y prêtant plus que d’autres. Et puis, il faut bien le dire, à la fin, on commence à s’en lasser, preuve peut-être, que la 4D n’est en fait qu’un gadget, une attraction de plus.
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Sur le plan technique néanmoins, la 4D se défend bien, notamment sur Titanic, véritable coup de cœur. C’est clair, Titanic, ce film, « il est lourd, il est grand, il est beau », il ne pouvait que bien se prêter au quadruplage de ses dimensions. Comment ne pas aimer être autant ébouriffé que Jack et Rose à la proue du bateau ? Comment ne pas jubiler, quand la vague d’eau qui entre dans les cales après la collision avec l’iceberg, arrive jusqu’à votre fauteuil de cinéma, par le biais de jets d’eau ? Seul effet un peu laborieux, parce que lent et bruyant, la propagation des odeurs, qui est censée recréer l’ambiance olfactive de la salle de bal du bateau. L’effet de froid est rendu très naturellement et sans grand effort par l’endémie de sur-climatisation générale qui sévit à Bangkok. Les scènes de survol (par grue ou aérienne) sont véritablement magnifiés, votre fauteuil suivant chaque mouvement de caméra, vous faisant pencher en avant, avec la véritable sensation d’être la caméra et de voler avec elle. La 4D est aussi puissante, intense que fatigante. Parce qu’elle ne vous laisse pas une seconde de répit et vous empêche de prendre le moindre recul.
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En cela elle a les mêmes défauts que la 3D. Mais elle hérite aussi des mêmes qualités. Toutes deux amènent les gens dans les salles de cinéma, dans ces lieux d’expérience et d’émotion partagées. Elles rendent son importance, sa vitalité au cinéma en tant que lieu, tant que l’innovation technique, certes, n’aura pas pris les devants. Le cinéma, par le biais de la 3et4D redevient une expérience qu’on ne peut (encore) avoir chez soi, un moment unique dans un lieu, cher mais public.
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C’est cette éphémère beauté, cet instant unique qui peut vraiment donner ses lettres de noblesse à la 3D particulièrement, la 4D n’ayant pas un avenir imminent en Europe en raison de son coût (on imagine déjà la séance à 25 euros … ). La question est en effet de savoir si ces dimensions nouvelles sont aussi signe de vies et de possibilités nouvelles pour le cinéma. Difficile à dire.
L’engouement (tout du au niveau de la production) autour de la 3D me laisse en effet quelque peu perplexe. Avatar donnait la mesure des diverses possibilités offertes, notamment en terme de profondeurs de champ, mais déjà d’aucun pouvait être déçu par l’aspect sombre des couleurs et flou des mouvements. Et au final, qu’il s’agisse d’Harry Potter, de Shrek, de Mission Impossible, on en vient à penser que la 3D est un ajout commercial, pas vraiment nécessaire, si ce n’est complètement inutile.
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Deux films allemands, sortis en 2011, ont néanmoins pu redonner espoir dans ce génial procédé cinématographique que peut être la 3D. Il s’agit de deux documentaires, Pina de Wim Wenders et Cave of Forgotten Dreams de Werner Herzog, qui révèlent la puissance de cette dimension ajoutée, sans laquelle ces deux œuvres n’auraient peut-être pas la force, ni surtout la beauté d’exister. Werner filme les fascinantes et littéralement in-croyables peintures paléolithiques des grottes de Chauvet, Wim les chorégraphies de Pina Bausch. Pina est décédée, les grottes sont fermées au public. Et pourtant, la 3D permet de restituer de façon vraiment époustouflante cette réalité qui n’est plus vraiment. Cette grotte, vous y êtes, ces peintures vous les touchez, cette scène, vous y dansez, ces danseurs, vous les sentez. C’est fusionnel. Ces films ne sont pas parfaits, mais ils illustrent à merveille ce que la 3D peut faire de mieux. Parce qu’elle ne remplace pas la beauté, elle la révèle. Elle devient un moyen, comme le sont la lumière, la mise en scène, les costumes, de transmettre un message, au delà du simple support.
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Cave et Pina parlent de beauté disparue car inaccessible, éphémère car instantanée. A l’image de la 3D. La 3D, pour l’instant, ne se revit pas chez soi. A moins d’habiter à Vire, Montaigu ou Langres (les trois uniques salles à encore les projeter), Cave et Pina ont « disparu », parce que sans 3D, ce n’est vraiment plus pareil. Ironie et tristesse du sort Cave of Forgotten Dreams 3D  devient aussi inaccessible que la grotte de Chauvet. Avoir l’occasion de voir ces films en salle est dès lors une expérience plus intense, car on la sait rare et limitée dans le temps. Une manière peut-être de resacraliser le cinéma au cinéma.
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Sylvia Bodin
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