Staff Benda Bilili : « Regarde au-delà des apparences »

L’année 2010 se termine, un après-midi maussade comme on peut en vivre à Rennes, je décide d’aller au cinéma sur les conseils de ma mère pour voir « Benda Bilili », film présenté au cours de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes.

C’est un documentaire rythmé et coloré qui s’offre à moi, réalisé par Florent de La Tullaye et Renaud Barret, deux amateurs de musique qui avaient comme projet de réaliser un documentaire sur la musique de rue à Kinshasa. Seulement, leur volonté a été heurtée par leur rencontre avec un groupe pour le moins spécial, le Staff Benda Bilili. Il est composé d’une dizaine de membres, majoritairement atteint de la polio. Ils vivent dans la rue, vagabondent, bien assis sur leurs fauteuils roulants tous aussi incroyables les uns que les autres,  s’adonnant à leur passion : la musique.

Outre leurs fauteuils roulants étonnants, ce sont leurs instruments de musique qui attirent l’attention. Ils ont bricolé des guitares, des basses, des percussions et le plus jeune, Roger, a inventé un instrument qu’il appelle la satonge avec une boîte de lait et une corde. Emmené par Ricky, le vieux leader du groupe, ils vont créer une harmonie qui me fait penser au Buena Vista Social Club cubain. Le sens du rythme est impressionnant, les membres du staff chantent en français, en anglais, dans le dialecte local, faisant des références à James Brown par exemple (référence à Sex Machine dans la chanson « Je t’aime »). Leur musique est à mi-chemin entre la musique cubaine et la rumba congolaise mais on sent aussi des rythmes de reggae et de blues.

J’ai une tendresse toute particulière pour la chanson « Tonkara » qui est pour moi représentative de l’esprit du staff Benda Bilili. Le début avec la guitare puis la basse est emprunt d’influences cubaines, le rythme est marquant mais aussi très fin. Et dès que Ricky se met à chanter, on ressent cette joie de vivre, on comprend cette prise de recul qui les guide dans leur vie malgré des difficultés non négligeable. Benda Bilili : « Regarde au delà des apparences », leur handicap physique n’est rien, ils le surmontent. Pour eux le réel handicap est psychologique, si le moral est bon, tout va bien. Pourtant, la chanson est dure, elle est en lien avec le film et le passage où ils expliquent où ils dorment. Tonkara est un mot qui vient à l’origine du français « carton », puis « toncar ».

Dans la chanson, ils parlent de leurs conditions de vie, de leurs nuits sur les cartons, mais la musique, les voix, nous font oublier la difficulté de leur existence, et la musique leur permet aussi de s’évader et de relativiser.
Ce qui me plaît aussi, c’est le mélange des langues, ils s’expriment en français, dans leur dialecte, en anglais et je trouve ce métissage enrichissant, ils rappellent aussi l’histoire du Congo et les évolutions qu’il a connues.

On s’attache rapidement au Staff Benda Bilili, leur musique tourne en boucle dans la tête en sortant de la salle de cinéma. A la fin du documentaire, on les voit lors de leur tournée en Europe, ils sont un peu perdus loin de leur ville natale mais gardent cette curiosité, cette simplicité et cette joie qui marquent leur musique. Cette dernière est l’incarnation des hommes qui composent le staff. Je vous invite à écouter leur album et à regarder le documentaire naturellement, non seulement si vous aimez les belles histoires, mais aussi si vous appréciez le jazz, la musique cubaine ou africaine.

Antoine Bianco

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