En transit.

Nous publions aujourd’hui pour la rubrique «Création originale» un deuxième texte de Raphaël Campiglia. Il y parle d’aéroport.

A dix kilomètres de la ville, en face d’un immense parking, s’élève un bâtiment informe, gris et aplati. On y arrive par taxi, ou par bus.

Lentement la ville s’est détachée, puis il n’y eut plus rien pendant quelques temps. L’on traversa des routes de plus en plus larges et droites et on s’est arrêté à quelques feux dans un paysage morne.  Une campagne bâtarde de vagues champs cultivés se dévoilait dans l’obscurité. Dans le bus, bercé par de doux cahots, les gens dormait, leurs grosses valises bien serrées entre leurs jambes. Une dame a  ouvert un sandwich sous plastique et une douce odeur de thon s’est répandue à l’arrière du bus.  Au bout d’une demi-heure, tout le monde somnolait et lorsque plus aucun bruit de voix ne perçait le vrombissement du moteur, puissant et régulier, le terminal est apparu, éclairé par d’immenses réverbères émettant une lumière blanche, intimidante, mais peu perçante.  A travers la vitre du bus, à côté du marteau de secours, des hommes en gilet jaune passaient et repassaient la tête basse et la mine affairée.  Enfin le bus s’arrêta et avec lui l’anesthésie du ronronnement machinal. Dans un anglais mutilé d’un fort accent local, le chauffeur invita  les passagers à descendre.  Nous sommes donc descendus.  Je voyageais seul, mais je ne peux m’empêcher de me fondre dans le groupe : les valises, roulent, tout le monde semble marcher au même rythme, les visages affichent la même absence d’expression. J’étais l’un deux,  un parmi quelques centaines, un parmi plusieurs millions.

Les salles d’embarquement des aéroports ont quelque chose de fascinant.  En soi, elles n’ont rien : ce sont de vastes salles d’attente où s’alignent des sièges noirs et inconfortables dans une géométrie prosaïque. Là-bas les sentiments s’éteignent et les conventions disparaissent. Les gens s’affalent sur les fauteuils et dorment la bouche ouverte, au milieu de la nuée pourtant silencieuse, les mots de ceux qui parlent disparaissent, s’évanouissent. Un vieil homme, un homme d’affaires en costard, moi, tout le monde fait pareil : tout le monde attend, prostré.  Nous sommes tous habillés différemment, les motifs de voyage ne sont pas les mêmes, je suis jeune et il est vieux, nous n’avons ni le même âge ni la même nationalité. Mais de ces irrégularités, de ce dépareillage bizarre et manifeste, ne naît aucune originalité. Au contraire, une uniformité émerge, écrasante et logique, et semble avaler ces différences qu’elle ravale au rang de détails.

A l’extérieur,  de l’autre côté des grandes baies vitrées, des avions vont et viennent, décollent et atterrissent. Ils sont tout près mais semblent ne rien vouloir avoir à faire avec nous, paraissent se mouvoir en totale autonomie, dans une harmonie machinale.

A l’intérieur, l’aéroport, bâtiment lumineux. Truffé d’écrans, de signaux. Tout clignote. Les magasins s’étalent, vendent cigarettes, parfums et bouteilles d’alcool baignés dans une lumière blanche. L’architecture spacieuse, toute en courbe, est à la fois agréable et écrasante.  Des tapis roulants, des portiques de sécurités, des escalators, une cabine pour fumeurs et des sièges encore, à perte de vue.

Et des gens qui attendent, qui se morfondent assis, qui ne lisent même pas. Certains écoutent de la musique, mais restent impassibles, inamovibles.  Tout le monde est en transit.

Pourtant tout cela n’est qu’un début. Et c’est l’amorce d’un grand voyage. Mais pour l’instant, dans cet aéroport, rien n’existe.

RC

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