Hi kids, das ist Carlo – Entretien

Il a à peine 20 ans et a déjà l’Allemagne à ses pieds. De Carlo, on ne connaît pas grand chose, juste un pseudo : Cro ; une invention : le « raop », fruit de son esprit caché derrière un masque de panda. En l’espace de quelques mixtapes et d’un album, Cro est devenu une véritable star de l’autre côté du Rhin. Rencontre avec un garçon fascinant.


Peu d’infos circulent sur toi, sur Internet, et les gens ne semblent connaître que ton prénom, Carlo. Pourquoi avoir choisi de rester anonyme quand certains ne rêvent que d’être reconnus dans la rue ? Dans le futur, vas-tu essayer de rester anonyme ?

Je veux que les gens se concentrent sur ma musique, pas sur mon physique. Et oui, je ferai comme ça par la suite.

Peux-tu nous donner quelques infos ? – jusque-là, je sais que ton nom est Carlo, que tu es censé vivre à Stuttgart quand tu n’es pas en tournée, et que selon la presse tu as entre 19 et 20 ans.

Tout cela est juste, et c’est tout ce que les gens ont besoin de savoir.

Que représente ce masque pour toi et pourquoi avoir choisi un panda ?

Il me permet de rester anonyme. C’est un peu comme pour un super-héros. Je mets mon masque et je deviens Cro, je l’enlève et je suis Carlo. J’ai choisi un panda parce que je les trouve mignons. Et puis, personne ne sait quel bruit ils font.

J’ai remarqué la croix renversée, celle de Saint-Pierre, sur ton masque. Odd Future l’utilise également – mais ils ont dit que, dans leur cas, cela relevait de la moquerie. Quelle est sa signification pour toi ?

Cela ne veut rien dire. Elle est juste là. Je ne suis pas sataniste, et pas croyant non plus.

Tu as créé quelque chose que tu appelé « raop », en expliquant que c’était un mélange entre rap et pop. Peux-tu expliquer ce que cela signifie pour toi et comment tu en es venu à l’inventer ?

Tout d’abord, je suis un immense fan de rap. Mais je suis aussi ouvert à tous les autres types de musique. J’ai voulu combiner différents genres et j’ai juste appelé ce que je faisais ‘raop’.

Tu sembles avoir une culture musicale assez large ; tu as samplé les Suédois de Caesars sur « Kein Benz », Bloc Party sur « Rockstar », Iggy Pop sur « Wir Waren Hier », Aloe Blacc sur « Blank II », et Vampire Weekend sur « Geht Gut » pour donner quelques noms. Y-a-t-il un morceau que tu voudrais vraiment sampler dans le futur ?

Non, pas vraiment. Si j’en avais un, je l’aurais déjà fait de toute façon. Et puis, durant l’enregistrement de l’album, on a eu tellement de stress et de travail avec ces samples, je ne referai pas ça sur un album. Mais je ferai encore beaucoup de mixtapes et là, j’en aurai strictement rien à foutre, je le ferai.

Est-ce que c’est facile pour toi d’écrire ou pas du tout ?

Oui. En général, c’est assez rapide. J’écoute l’instru, je regarde comment je me sens, et je le mets sur une feuille. Mais, ça ne marche pas toujours comme ça. Parfois, je n’y arrive tout simplement pas. Alors, je sais que j’ai besoin de sortir, de faire autre chose avec mes amis, et penser à autre chose qu’à la musique pendant un moment.

Qu’est ce que tu écoutes en ce moment, et quel est ton morceau préféré ? Y-a-t-il quelqu’un pour qui tu serais prêt à tout donner pour une collaboration ?

En ce moment, j’aime bien James Blake, Frank Ocean, Vampire Weekend ou Kanye pour donner quelques noms. Mon morceau préféré, c’est ‘Bitter Sweet Symphony » de the Verve. Et mon seul modèle est mon grand-père.

Tu as été comparé à plusieurs rappeurs, mais quel est le parallèle qui t’as fait le plus plaisir ? Et personnellement, à qui te comparerais-tu ?

D’un côté, c’est assez étrange d’être comparé à d’autres rappeurs, mais d’un autre, c’est un honneur d’être cité avec de grands noms. Mais je veux rester moi-même, avec ma musique. Donc, si d’autres veulent me comparer à quelqu’un, c’est cool et sympa mais je ne veux pas le faire moi-même. Cro, c’est Cro.

Tu as sorti deux mixtapes, et une autre avec Lyr1c et DaJuan. Comment résumerais-tu ta discographie et qu’est ce qui te pousse à continuer ?

En fait, j’étais Lyr1c au tout début. Donc j’ai sorti trois mixtapes sur Internet : ‘Trash’, ‘Meine Musik’ et ‘Easy’. DaJuan est un bon ami qui était sur toutes mes mixtapes mais il vit à Barcelone maintenant.
Je ne saurais pas vraiment dire ce qui me pousse. Il y a quelque chose en moi qui a besoin de sortir et je l’exprime de différentes façons. Parfois par la musique, parfois par des comics ou des dessins… ça a toujours été comme ça. Quand j’étais petit, on pouvait toujours me voir dessiner ou faire de la musique… même si c’était juste imiter un batteur avec mes mains sur la table.

A propos de mixtapes, à chaque fois, tu les as laissées en téléchargement gratuit. Si ton âge est correct, j’imagine que tu fais partie de cette génération qui a grandi avec le fait de pouvoir accéder à la musique gratuitement. Quel regard portes-tu là-dessus, maintenant que tu es passé de l’autre côté ?

Beaucoup de gens me posent cette question. J’ai grandi avec Internet. Ca a toujours été là, et bien sûr, je l’ai utilisé pour écouter et récupérer de la musique. Si Internet n’avait pas existé, je n’aurais pas pu être exposé à une telle quantité et diversité de morceaux. C’est un peu ce que le ‘raop’ représente. Des influences musicales du monde entier.
Mais en même temps, si j’aime vraiment quelque chose, je sors et je vais l’acheter, donc pour moi Internet n’a jamais été une grande boîte où l’on pouvait prendre gratuitement tout ce que l’on voulait. C’était plus un outil pour écouter de la musique très facilement et très rapidement et découvrir de nouvelles choses que je pourrais aimer et peut-être adorer plus tard. Alors, je paierais pour avoir ma propre copie.
Donc maintenant, même en tant qu’artiste qui vit de sa musique, je comprends les gens qui téléchargent, parce que, bien sûr, je le faisais moi aussi. Mais, ça me fait encore plus plaisir, si des personnes paient pour écouter ce que je fais. Ca me touche énormément, et même si j’ai un contrat et même si je vends des disques, je vais continuer à sortir des mixtapes et à les laisser, en retour. Mon label est d’accord avec ce principe, je suis d’accord avec ce principe, et plus important que tout, mes pandas sont d’accord avec ce principe.

Tu as donc signé un contrat avec Chimperator – un label de Stuttgart. Comment sont-ils rentrés en contact avec toi et pourquoi avoir décidé de travailler avec eux ?

KAAS, un rappeur signé chez Chimperator a trouvé ma mixtape ‘Meine Musik’ sur Internet et a commencé à me chercher sur Twitter. On a échangé quelques mails et un peu plus tard avec Kodimey et Sebastian, les deux créateurs du label. Je connaissais déjà Chimperator, c’est l’un des derniers gros labels de rap indé en Allemagne et ils ont tout le temps fait du bon boulot.
Alors, pour moi, c’était un grand honneur que d’être invité à les rejoindre et on s’est super bien entendu dès le départ. Toute l’équipe est un peu comme ma famille, ils traînent même avec ma mère, maintenant. Tout se passe super bien et personne ne me force à faire quelque chose que je ne veux pas.

J’ai regardé sur Spotify, et dans le top allemand, tu as deux morceaux – ‘Easy’ et ‘Hi Kids’ – dans le top 10, ce qui est mieux que n’importe quel autre artiste. La vidéo de ‘Easy’ a aussi été vu plus de 22,500,000 de fois sur YouTube. Comment vis-tu tout ça ?

C’est irréel. C’est comme si ça arrivait à quelqu’un et que je restais spectateur. Tout est arrivé si vite, je n’ai pas vraiment eu le temps de m’asseoir une minute et de réaliser ce qui se passait autour de moi. Depuis la signature et ‘Easy’, j’ai été extrêmement occupé… entre le studio, les artworks, les interviews, les retours en studio, les tournées. C’est fou et irréel. J’aime ça mais en même temps j’essaie de ne pas péter les plombs. Après la prochaine tournée, je vais me reposer un petit peu et penser à tout ça.

Cela fait d’ailleurs un moment que tu es en tournée. Comment ça se passe ?

J’adore ça. C’est génial, et comme je suis tout le temps avec mes potes, c’est comme un voyage scolaire qui ne se termine jamais.

Quels sont tes meilleurs souvenirs de tournée ?

Fuuhh… il y en a tellement. Les premiers concerts complets étaient vraiment fous… à tel point que ce sont parmi les seuls moments où j’ai un peu réalisé ce qui était en train de m’arriver. Tous ces kids déchaînés… c’était génial. Jouer à ‘Rock am Ring’ et à ‘Rock im Park’ fait aussi partie de ces moments géniaux. Le ‘splash ! Festival’ était monstrueux, j’étais un festivalier ordinaire l’année dernière et là j’étais dedans et je jouais. C’était un sentiment génial.

Ton premier album, « Raop » est sorti vendredi dernier. Comment le décrirais-tu et le présenterais-tu comme similaire à tes mixtapes ?

C’est aux gens de dire s’ils ont aimé ou pas, mais oui ça reste dans le même esprit.

Entretien réalisé et traduit de l’allemand par Grégor Brandy

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Une réflexion sur “Hi kids, das ist Carlo – Entretien

  1. Super, merci beaucoup d’avoir fait cette interview ! Surtout traduite en français ! C’est d’ailleurs, je crois, la première interview de Cro traduite en français que je vois ! Il est génial.

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