Mon Dieu, un hipster !

 Par Marcela Mazzei

Loin des vagabonds de Sur la route de Kerouac, les hipsters forment la première tribu urbaine mondiale dans laquelle personne ne se reconnaît. Alors, simple posture  au service de la mode ou véritable communauté ?

Ils sont jeunes et traversent le XXIème siècle avec leur pantalon ajusté, des lunettes à montures épaisses et un capital symbolique qui est leur essence comme leur bouclier: la fascination pour les arcanes de la culture alternative. On dit des hipsters qu’ils sont la première tribu urbaine globale. Et on les accuse de manquer de ligne intellectuelle comme de doctrine politique; même Mark Greif, éditeur de « Qué fue lo hispter? » (Alpha Decay), le premier ouvrage qui tente de définir le phénomène, estime qu’en réalité (et ce, au-delà de leur intérêt et de leur consommation culturels) les hispters sont une partie de la culture dominante, et absolument pas les artisans d’une contre-culture. Faute de valeurs plus altruistes, avec l’apparence comme critère d’identification et une recherche constante de ce qui est « tendance » comme forme d’expression artistique, ne peut-on pas dire que la culture hipster est purement et simplement au service de la mode ?

Dayna Tortorici s’est intéressée à la mode à travers le prisme hipster, dans le chapitre « Tu le reconnais quand tu le vois » (dans le même livre que précédemment). Sociologue, New-Yorkaise, hipster peut-être (personne ne se reconnaît comme tel !), elle a constaté que les représentations féminines des canons de beauté hipster sont des icônes de la mode avant tout: Chloë Sevigny, Chan Marshall et Jenny Holzer ont leurs produits fashion, et la coiffure de Karen O a son importance…
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Ils sont designers, critiques, « remixers » ou DJs, parfois étudiants en art: jamais des artistes.
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« La réduction qui consiste à convertir les femmes artistes en it girls viserait à confirmer que les vêtements sont la vraie culture féminine », attaque Tortorici. « Dans cette phrase, le commentaire implicite est le suivant: ‘si tu es un homme hétérosexuel, il n’y a aucune raison que ces choses-là t’intéressent’ et « si les hipsters sont des fashion victimes, alors toutes les femmes le sont. Ou aucune.’ Mais on sait tous que ceci n’est pas vrai« , poursuit-elle. La philosophie hipster se fonde sur une idée fausse et snob.

Jamais des artistes…

Les icônes de la mode hipster sont des modèles amateurs, et leur look disgracieux est passé des blogs de streetstyle aux podiums. Un style qui a donc commencé à se propager dans le monde réel à mesure que les portraits se multipliaient sur internet: Cory Kennedy en est l’exemple paradigmatique.
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En tant qu’anthropologue urbaine, Tortorici a découvert que l’apparence physique du hipster n’est pas dans le « comment il présente » mais dans le « comment il se présente« , et les moyens qu’il utilise à cet effet: au devant desquels, la photo de soirée ou l’autoportrait. L’exemple est révélateur: il est possible de reconnaître une bande de jeunes qui posent en punks, selon une série de codes; en revanche, il n’y a pas de référence pour la photo hipster.
Le fait de prendre ce cliché nous rend hipster dans un processus auto-réalisateur. Pur narcissisme.
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Traduit de l’espagnol (Argentine) par Quentin Jagorel
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