Harry Potter : le mot caché

Comme David Copperfield de Charles Dickens (1850), Claudine à l’école de Colette (1900), L’Île d’Arturo d’Elsa Morante (1957), La Ville et les chiens de Mario Vargas Llosa (1963) ou Un si bel amour de Ludmila Oulitskaïa (2000), Harry Potter est un livre sur l’adolescence, et même une assez savante étude. Sauf que le trajet que Harry accomplit sous nos yeux ne serait pas complet si Joanne Rowling n’avait osé descendre jusqu’au fond du mystère où se forme l’être humain, ou si elle n’avait su explorer ce mystère sans brutalement le dissiper ; il manquerait un enseignement ou il manquerait un enchantement. Or il ne manque rien.

 Mais ici, pour la clarté du propos, un détour s’impose.

Dans Le Motif dans le tapis (ou L’Image dans le tapis, 1896), Henry James met en scène un narrateur anonyme, qui vient de publier sur un vieil écrivain, Vereker, une étude qu’il estime fort subtile.

Vereker le détrompe. Son œuvre, dit-il, dessine une « image dans le tapis », mais aucun critique ne l’a vue : « Personne ne voit rien » (Nouvelles, La Différence, vol. III, p. 821). Pourtant, le « secret » crève les yeux : « Tout mon effort lucide leur donne un indice… à chaque page, chaque ligne, chaque lettre. Cette chose est aussi concrète qu’un oiseau dans une cage » ! Et de conclure : « Ce que jamais personne n’a décelé dans mon œuvre, c’est l’organe de vie » (p. 824).

Vereker a donc écrit une liponymie, c’est-à-dire un texte qui gravite autour d’un mot qui n’est écrit nulle part, mais que le lecteur doit deviner parce que c’en est la clé. La littérature compte d’autres liponymies, – déjà détectées : Olivier de la duchesse de Duras (1825), Armance de Stendhal (1827), Aloys du marquis de Custine (1829), Le soleil se lève aussi de Hemingway (1926), La Jalousie de Robbe-Grillet (1957), – ou pas : Le Procès de Kafka (1915), Harry Potter (1997-2007)…

Le mot-clé qui n’est écrit nulle part…

En effet, cet « organe de vie », cet « oiseau dans la cage », ce « motif dans le tapis », ou si l’on préfère, ce mot caché, il est difficile de n’en pas soupçonner l’existence dans le texte des Harry Potter. Quoi de plus propre à expliquer son universel succès ? Car pareil secret agit comme par sorcellerie sur le lecteur : il n’y voit que du feu, mais il est subjugué et le charme opère. Un dessin invisible dans la trame d’un livre lui confère un pouvoir étrange, proche de la magie noire. Il fait songer à la mise en garde d’Arthur Weasley « de ne jamais te fier à quelque chose capable d’agir et de penser tout seul si tu ne vois pas où se trouve son cerveau » (tome II, chapitre 18, et III, 10). Il fait de ce livre une œuvre de sorcier.

La clé se trouve dans Harry Potter à l’école des sorciers, au chapitre intitulé « Le chemin de traverse ».

Harry est entré dans la boutique de Mr Ollivander pour acheter une baguette magique. Le marchand lui en fait essayer plusieurs, en vain, car « c’est la baguette qui choisit son sorcier, pas le contraire ». Aucune ne convient, jusqu’à ce que le vendeur lui tende « une combinaison originale : bois de houx et plume de phénix, 27,5 centimètres ». Et de préciser : « Facile à manier, très souple. »

« Harry prit la baguette et sentit aussitôt une étrange chaleur se répandre dans ses doigts. Il la leva au-dessus de sa tête, puis l’abaissa en la faisant siffler dans l’air. Une gerbe d’étincelles rouge et or jaillit alors de l’extrémité de la baguette, projetant sur les murs des lueurs mouvantes » (I, 5).

Le secret du livre tient en une phrase : Harry Potter a une baguette magique de vingt-sept centimètres et elle fait des étincelles ; tout homme ne peut pas en dire autant. Le mot pénis n’est écrit nulle part, ni dans ce volume ni dans les suivants, mais la chose est partout. C’est, littéralement, « l’organe de vie », « l’oiseau dans la cage », dont parlait Henry James. Joanne Rowling a écrit le livre de la baguette magique, c’est-à-dire le livre du pénis, voire des merveilles du pénis, – la plus nécessaire étant qu’il reste caché, qu’il hante et enchante lecteurs et lectrices sans jamais se montrer.

 J. K. Rowling s’est-elle rendu compte qu’elle écrivait une liponymie ?

– Probablement pas dans un premier temps, puisqu’Hermione aussi a une baguette magique. Sauf que le partage masculin féminin ne recouvre pas exactement la différence des sexes. Quand on lit dans la Bible, « homme et femme il les a faits » (Genèse, I, 27), on comprend que le Créateur a fait d’Adam un homme et d’Ève une femme, mais l’on peut aussi nuancer, dire qu’il a fait chaque être humain à la fois masculin et féminin. Et, depuis Freud, on sait que toute femme a un pénis, non pas organique, mais symbolique. Hermione porte en elle une énergie, une volonté, un courage, disons une « vertu virile », qui fait d’elle un chef, un guerrier, une fille libre. Il n’est donc pas aberrant que les femmes aussi ait une baguette magique, notamment pour se défendre contre les hommes.

Cela dit, si Joanne Rowling avait d’emblée compris ce qu’elle faisait en armant tout sorcier d’une baguette, peut-être aurait-elle été gênée d’en mettre aussi dans les mains des filles. Le plus probable est donc qu’elle n’a pas deviné tout de suite ce qu’il y avait d’ambigu – ou plutôt de complètement dénué d’ambiguïté – dans l’arme préférée des sorciers. Là où nous lisons « facile à manier », l’original en anglais dit seulement « nice ». Il n’est pas impossible que le traducteur ait deviné avant l’auteur ce qu’elle avait écrit. Mais, trois ans plus tard, elle en a pris conscience et elle s’est débrouillée pour le faire savoir.

Que lit-on, en effet, dans la Coupe de feu, au dix-huitième chapitre, « L’examen des baguettes » ? La même chose, exactement (inutilement, sauf si…), que ce qu’on avait lu dans le premier tome, avec les deux mêmes protagonistes, Harry et Mr Ollivander.

Quatre sorciers sont en compétition : Fleur Delacour, dont la baguette mesure 23,75 cm ; Viktor Krum, dont la baguette fait 25,5 cm ; Cédric Diggory ; Harry.

On entend d’abord ce dialogue entre Mr Ollivander et Cédric Diggory :

« Voyons cette baguette… Trente centimètres et demi… en frêne… d’une très agréable souplesse. Elle est en excellent état… Vous l’entretenez régulièrement ?

– Je l’ai cirée la nuit dernière, dit Cédric avec un sourire. » Cédric sourit parce qu’il entend ce qu’il dit.

Harry présente alors sa baguette : « Elle était en bois de houx, mesurait vingt-sept centimètres et demi et contenait une unique plume de phénix. » Non sans humour, il est précisé que Harry « aimait beaucoup sa baguette magique » (IV, 18).

Le tournoi n’a pas encore commencé, mais la longueur des baguettes annonce le classement final : Cédric en tête, car il aurait gagné s’il n’y avait pas eu tricherie ; puis Harry ; puis Krum ; enfin Fleur. Inévitablement, la fille a perdu d’avance et, pour ces garçons en compétition, le problème est bien de savoir qui a la plus longue ! Joanne Rowling n’aurait pu être plus claire sans verser dans la vulgarité.

Le risque était grand : en anglais, baguette se dit wand et ce mot peut désigner un godemiché. Coïncidence, triste coïncidence, car il n’y a aucun rapport entre un accessoire sorti des usines et « l’organe de vie », voué au désir, au rêve, à l’amour et à la procréation, dont parlait Henry James, aucun rapport avec la baguette de Harry.

Le silence retombe sur cet aspect des choses. « La puissance ne dépend pas de la taille », dit George Weasley, mais dans un contexte qui n’a rien à voir avec les baguettes magiques (V, 6).

Reste qu’au dernier tome, l’auteur dissipe le dernier doute :

Après s’être arrogé la baguette de Lucius Malefoy, Voldemort « sortit sa propre baguette et compara leur tailles respectives » (VII, 1).

Plus loin, offrant à Harry un manuel intitulé Douze moyens infaillibles pour séduire les sorcières, Ron précise : « Tu vas être surpris, ce n’est pas juste une question de baguette magique » (VII, 7).

Plus loin encore, Harry entend Hermione « marmonner quelque chose sur l’endroit où Ron pouvait enfoncer sa baguette » (VII, 9).

Enfin, Hermione se gausse : « Il y a toujours eu des sorciers pour se vanter d’avoir une baguette plus grande et meilleure que les autres » (VII, 21).

Ce n’est pas une plaisanterie, mais un fil conducteur – « le cordon où sont enfilées mes perles », disait Vereker (p. 828) – qui traverse les sept livres, de la puberté du héros jusqu’à son entrée dans l’âge adulte.

La baguette de Harry a fait merveille face à Voldemort, tant au cimetière que lors du transfert des sept Potter (IV, 34, et VII, 4). Or, à Godric’s Hollow, Hermione, une fille impressionnante, mais castratrice, a brisé la baguette de Harry (VII, 17). En fait, il y a beau temps qu’il a renoncé à elle, s’il y a jamais pensé : « Je l’aime à la manière d’une sœur » (VII, 19). À peine a-t-il triomphé de Voldemort, Harry, épuisé par tant de luttes, brisé par tant de deuils, se sert de la baguette qu’il a conquise, mais qu’il ne sent pas sienne, pour réparer enfin sa baguette :

« Il posa la baguette brisée sur le bureau du directeur, la toucha avec l’extrémité de la Baguette de sureau et dit :

Reparo.

Sa baguette se reconstitua alors, et des étincelles rouges en jaillirent. Harry sut qu’il avait réussi. Il prit la baguette de houx à la plume de phénix et sentit une soudaine chaleur dans ses doigts comme si sa main et la baguette magique se réjouissaient d’être à nouveau réunies » (VII, 36).

Ce n’est pas un hasard si Joanne Rowling reprend les mêmes mots qu’au premier volume et ce n’est pas par manque de vocabulaire, mais parce que l’histoire finit réellement là, sur une évocation de l’onanisme. La boucle est bouclée. Maintenant que Harry s’est libéré de l’ennemi qui en voulait à sa vie et à sa lignée, maintenant que son adolescence s’achève et qu’il est sûr de son sexe, qu’il est sûr de pouvoir engendrer, il peut commander un sandwich et aller se coucher.

Ceux qui dévorent ce roman y trouvent un plaisir intense parce qu’il y est sans cesse question d’une chose dont il est malséant de parler, d’une chose à laquelle on se sent coupable de trop penser, d’une chose qui fascine, trouble, inquiète, enchante… Deux thèmes, on le sait, feront toujours vendre, parce qu’ils angoisseront toujours et feront toujours rêver : le sang et le sexe. À partir de la Coupe de feu, le conflit devient plus âpre, l’ambiance plus sombre, et l’on pourrait croire que Joanne Rowling a placé son œuvre sous le signe de la mort. Mais, dès qu’on se plonge dans le texte, c’est partout la vie qui se redresse. Contre la mort, Harry brandit sa baguette magique, son « organe de vie ». C’est d’ailleurs sur cette idée que le livre s’achève : Harry a épousé Ginny, l’héroïne de la Chambre des secrets, et, dans le secret d’une chambre, il lui a fait trois enfants (VII, 37).

Ainsi, la baguette magique de Harry n’évoque en rien un godemiché, mais bien plutôt la canne de Joseph dans Le Mariage de la Vierge du Pérugin (1501), conservé à Caen, ou dans l’œuvre jumelle de Raphaël (1504), restée à Milan. Sur ces deux tableaux, Joseph passe une alliance au doigt de Marie. Dans l’autre main, il tient une canne qui fleurit, une canne « de vie ». Autour du couple, les prétendants éconduits brisent leurs propres cannes restées stériles…

La plupart des lecteurs ne sauront jamais pourquoi ils sont à ce point enchantés par leur ami Harry Potter. Faut-il s’en étonner ? Joanne Rowling, qui a étudié la littérature à l’université, qui l’a même enseignée, et qui a dû repérer dans les livres des autres quelques « images dans le tapis » avant d’en mettre une dans le sien, ne cesse de nous le répéter : les moldus ne voient rien (I, 5, II, 5, III, 3, 10, IV, 11, V, 4 et 22).

François Comba

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18 réflexions sur “Harry Potter : le mot caché

  1. En commençant la lecture de cet article, j’ai cru tout d’abord que j’allais m’énerver car je déteste qu’on puisse « traîner » dans la boue la saga Harry Potter qui a accompagné mon adolescence et dont je continue de défendre le potentiel littéraire au moins sur le plan de la symbolique (car il a bien fallu se desciller et nettoyer les yeux en grandissant). Pourtant, les extraits suivants de la saga font effectivement référence au pénis.

    Pour autant, j’ai l’impression de détecter dans cet article une théorie du complot contre le lecteur, qui est embobiné sans le savoir grâce à des thèmes universels et fédérateurs. Pour moi, la deuxième partie des extraits correspond au jeu humoristique de Joanne Katleen Rowling avec l’ambiguïté de sens afin de dé tendre l’atmosphère, de permettre de mieux s’identifier à des personnages qui ont les mêmes désirs tout en étant des sorciers et non des moldus.

    Je conclus en disant que cet article est intéressant parce qu’il met en valeur certaines citations reliées par un même concept implicite mais qu’il n’y a pas de quoi en faire une sorte d’outil marketing ou encore la trame principale de la saga. Je préfère garder en tête les idées de tolérance, de changement et progrès, plus plaisantes et beaucoup plus présentes.

  2. Toujours intéressant de savoir lire entre les lignes ou de soulever un coin du voile pour que la lumière apparaisse. Excellent article.
    On peut aussi démasquer les thérapies secrètes des artistes dans leurs rôles, leurs choix inconscients, c’est ce que j’ai tenté de faire avec Bérénice Béjo dans mon Blog, JLBaque’sblog en commentant « à ma façon » le succès du film The artist

  3. La baguette (ou le baton) est l’un des attributs les plus communs que l’on identifie communément sur les sorciers et autres mages (sans parler du « chapeau pointu »).

    Le sorcier étant détenteur d’un « pouvoir », il ne me semble pas si étonnant que les attributs de ce pouvoir soient représentés par des objets en forme de baton (ou pointus)

  4. Cher Theretroper, et les phrases du texte, qu’en faites-vous ?
    Merci pour les gentillesses 🙂
    Un mot de plus pour Lisande : après des années de relecture de son livre, je suis plus que jamais convaincu du génie de Mrs Rowling, et c’est ce que j’ai entrepris de démontrer sur « Profondeur de champs » (voir les articles précédents) ; génie littéraire, bien sûr, que je n’oppose pas au génie commercial pour cette excellente raison que les chefs d’oeuvre se vendent très bien, soit d’emblée (Rabelais, Cervantès…), soit par accumulation régulière (Gide, Proust…), soit posthumes (Stendhal). Dans le cas de « Harry Potter », ce ne fut pas un feu de paille comme si souvent le prix Goncourt, ça fait quinze ans que ça dure.
    Quant au « complot »… Borges disait : « J’ourdis ma littérature. » Joanne Rowling a ourdi sa toile avec une ingéniosité sans exemple, une rigueur presque sans faille. Il faut admettre qu’il n’y a pas moins d’ingénierie dans un grand texte qu’il n’y en a dans la fusée Ariane, et c’est pourquoi l’on peut lire sans lire, parce que c’est également séduisant pour le lecteur qui comprend la machine que pour celui qui ne la comprend pas.

    • Il est vrai que je n’ai pas encore regardé les autres articles de votre blog et que j’ai tout bonnement été attirée par le « fraîchement pressé » de wordpress. Et je suis heureuse de vous entendre dire dans votre commentaire du bien de la saga. Cela change des personnes qui prennent un malin plaisir à démonter les choses pour le plaisir de désillusionner tristement les autres.

    • Seb, en écrivant …disons une « vertu virile »… j’espérais éviter ce reproche. Joanne Rowling a fait ses personnages somme toute réalistes, donc immergés dans des préjugés. Celui-ci est de ceux qu’elle ne déteste pas, semble-t-il. Relisez le dialogue final entre Harry et Voldemort. Harry lui dit : « Soyez un homme. » Sans doute le mot a-t-il le sens d’être humain et sans doute Harry demande-t-il à ce monstre aberrant d’entrer enfin dans l’humble humanité ; mais le texte anglais dit : « be a man », et ça veut bien dire : regardez la mort en face ; soyez courageux ; soyez un mec. Quant à ma propre vision, ce n’est pas le sujet ; mais l’attention que je porte à l’œuvre de Mrs Rowling ou un article à venir sur une « Japonaise de l’an mil » (si Pdc l’accepte) devrait vous protéger de la crainte que je sois misogyne.

  5. Bof, on peut aussi bien dire que ce qui court tout le long de la saga c’est que les plus grands magiciens ne prononcent pas de formule, « voient » la magie (et ses traces), l’utilisent à l’état brut sans passer par des sortilèges. Les élèves les plus brillants (Hermione) connaissent leurs sorts mais pas la magie. C’est une métaphore du savoir et de l’intelligence. Par la compréhension, on approche la réalité bien plus près que par l’apprentissage. Les meilleurs magiciens corrigent leurs livres de potion car ils comprennent ce que les autres prennent pour une recette etc.

    Si Harry Potter marche si bien, ce n’est pas non plus pour cette raison. C’est un récit simple qui propose un agencement original des mythes les plus classiques, comme Star Wars ou Avatar. La baguette participe de ces mythes. De là à invoquer une « liponymie »…

  6. Je ne suis pas du tout d’accord avec votre analyse.

    Que JKR s’amuse à semer, de-ci, de-là, des allusions sexuelles en s’appuyant sur la métaphore freudienne pénis/baguette, cela est certain. Il s’agit de blagues potaches volontairement non subtiles, sortes de clins d’oeils appuyés et à l’indiscression voulue (je parle de la citation de Ron sur la taille de la baguette). Quant à la suggestion d’Hermione sur l’endroit où Ron peut se fourrer la baguette, il s’agit d’une expression communément utilisée, quel que soit l’objet autour duquel elle est développée, qu’il soit, ou nom, d’apparence phallique. D’ailleurs cette expression peut même être utilisée avec des notions non palpables, exemple : « la politesse, tu peux te la foutre au cul ». L’utilisation de cette phrase a plus pour but d’exprimer l’énervement d’une personne que sa volonté réelle de sexualiser un objet et de l’insérer dans un anus.

    En ce qui concerne la longueur des baguettes, il est précisé sur Pottermore (source officielle, donc) qu’elle dépend de la taille du sorcier. Delacour est simplement plus petite que Krum ou Diggory. Je vous rejoins sur le fait que Voldemort comparant les tailles entre sa baguette et celle de Malfoy père peut figurer un combat de virilité entre ces deux personnages. Cependant, pour l’emploi générique de la baguette comme accessoire, ainsi que le remarque Theretroper, la baguette est un accessoire mythique du pratiquant de la magie. D’ailleurs, il est souvent utilisé dans les représentations de fées, personnages féminins par excellence, sans figurer leur pénis symbolique.

    Je ne vois pas également comment intégrer la métaphore baguette/pénis dans l’adage répété à plusieurs reprises, qui est à la base de l’utilisation d’une baguette magique et qui régit sa passation d’un sorcier à un autre : « la baguette choisit son sorcier » (et elle peut même changer d’allégeance).

    Une inteprétation psychanalytique complète de la saga reviendrait également longuement sur les capes (qui sont autant citées que les baguettes et ont une place elles aussi dans les trois objets magiques les plus puissants, à savoir les reliques de la mort) qui pourraient aisément symboliser la part féminine dans chacun de nos sorciers : triangulaires (comme le graal ! cf le symbole des reliques de la mort) protectrices, chaudes et couvrantes. Que dire du fait que la cape d’invisibilité de Harry, symbole féminin et maternel s’il en est, lui a été léguée par son père ?

    Votre interprétation est intéressante mais elle prête, à mon sens, à JKR des intentions qui ne semblent pas être les siennes.

    • Je me permets de poster un commentaire pour vous répondre avec mes arguments (qui sont discutables mais je tenais vraiment à vous les partager) :

      « […] la baguette est un accessoire mythique du pratiquant de la magie. D’ailleurs, il est souvent utilisé dans les représentations de fées, personnages féminins par excellence, sans figurer leur pénis symbolique. »

      Je ne suis pas d’accord. Au contraire, les fées ont très largement été représentées extrêmement féminisées, avec de longs cheveux, de longues robes, leur attribut magique étant des ailes, sans baguette. Je pense notamment aux illustrations de Rackham. Ce n’est qu’assez récemment que les fées ont été dotées de baguettes dans l’imaginaire collectif (la Fée Bleue de Pinocchio, la marraine de Cendrillon …), sûrement aidées par les animations de Disney. Pourtant c’est une baguette qui paraît moins phallique à mes yeux : elle brille, elle est ornée d’une étoile, ses « jets » s’apparentent à une poussière d’étoile filante … c’est la nuit, c’est la lune, c’est « la femme ».

      « Que dire du fait que la cape d’invisibilité de Harry, symbole féminin et maternel s’il en est, lui a été léguée par son père ? »

      Interprétation intéressante de la cape, qui mérite d’être plus approfondie. Mais la cape d’invisibilité de Harry n’est peut-être pas le meilleur exemple : créée et donnée initialement à un homme et léguée d’hommes en hommes, elle revient au dernier descendant mâle – sans compter son origine marquée par la Mort.

      • L’exemple de la cape était simplement utilisé pour montrer qu’on peut trouver des symboles partout et que leur interprétation dépendra toujours du capital culturel de la personne qui fait l’analyse. Une interprétation est trop souvent ennoncée comme le message original de l’auteur et c’est ce qui me dérange dans cet article.

        On peut voir des symboles phalliques partout. En fait tout ce qui est allongé et dur peut être pris comme un symbole phallique. Un stylo, une cuiller en bois, un levier de vitesse, un manche de guitare, un pied de chaise, un lampadaire. D’ailleurs à ce propos, peut-être que l’absence de lampadaire dans Magnolia Crescent au début du troisième tome, quand Harry rencontre pour la première fois Sirius (même s’il l’ignore) montre que la virilité d’Harry est éteinte par la présence de Sirius parce qu’il le prend comme un modèle mais en même temps il est un rival en tant que mâle dominant et avec cette scène, c’est évident, JKR préfigure la fin du tome 5 où Harry met fin à un complexe d’oedipe retardé en provoquant la mort de la seule figure paternelle qu’il ait jamais connue. (Je vais loin, c’est tiré par les cheveux et cela donne à JKR une intention dont on ne peut pas dire qu’elle a été la sienne au moment de l’écriture : exactement l’effet que me fait cet article).

        Les fées de Perrault, dont sont issus les Disney, avaient des baguettes, déjà. D’apparence, dans le dessin animé, la baguette de la Marraine de Cendrillon est très similaire à celle d’Harry Potter : longue droite, sans fioriture. Quant aux étincelles, elles sont blanches, ce qui collerait sensiblement plus à l’hypothèse d’un symbole phallique que les étincelles dorées, vertes ou rouges qui sont produites par la baguette d’HP. Pourtant, on ne fait pas (en tout cas je n’en ai jamais entendu parlé) toute une interprétation du dessin animée selon laquelle Marraine la bonne Fée serait en fait un travesti qui initie Cendrillon au sexe (ben oui, parce que il/elle lui montre que la baguette est efficace, hein) en échange de quoi il/elle l’habille, la conduit à un bal tout ça parce que son pénis lui en donne le pouvoir nécessaire.

        Je ne trouve pas que cet article soit mal mené ou que le raisonnement soit inenvisageable, je déplore le fait qu’il présente l’interprétation d’un texte comme une volonté de son auteure. D’autres interprétations sont possibles comme celles selon laquelle l’utilisation de la baguette magique a été inspirée à JKR par des mythes où un objet (à la forme phallique, cela ne peut être réfuté) sert de catalyseur à la réalisation d’une prouesse magique. Ainsi via un processus similaire à celui qui lui a fait intégrer l’imageries des sorcières traditionnelles (chapeaux pointus, capes noires, chaudron, balai magique), ou celles des créatures maléfiques (chauve souris, vampires, loups-garou) ou bénéfiques (licornes, centaures) dans l’univers qu’elle avait créé, elle a pu vouloir doter ses personnages d’un objet magique issu d’autres contes fantastiques.

        Peut-être aussi que le fait de choisir de faire de Harry un personnage masculin permettait à l’auteure de mieux se dissocier de son personnage et ainsi d’éviter de tomber dans le piège de ce que les amateurs de fanfictions appellent « Mary-Sue » : un personnage très proche de l’image idéale que l’auteur aimerait renvoyer de lui-même, l’idéal-du-moi lacannien en quelques sortes.

  7. Ouh, c’est une analyse super phallocentrée, dites-moi. Vous qualifiez même Hermione de castratrice, juste parce qu’elle est… douée ? Donc une femme talentueuse est une castratrice ? Wow.

  8. On ne voit jamais que ce qu’on veut voir, Freud lui même s’est fait berner par son intellect.
    La baguette de sorcier (en général, pas que dans HP) est désignée comme un symbole phallique par nombre de personnes, ce n’est pas pour autant qu’elle en est un. Dans HP, le plus important est que les femmes ont une baguette tout autant que les hommes, s’en servent tout autant que les hommes. Il m’est difficile d’imaginer un phallus appartenant à une femme, dans un sens tout à fait objectif, sans parler de domination ou de possessivité.

    C’est une interprétation qui est détaillée, étayée, intéressante. Est-ce qu’elle est juste, c’est une autre histoire 🙂

  9. Je crois que les nouveaux commentaires sont en partis dus à un lien posté sur Madmoizelle.com, non ? 😉

    Je pense votre interprétation assez juste, je m’en doutais moi-même à vrai dire. Je comprends aussi mieux ce que j’ai lu, il y a longtemps, dans une interview de l’auteur. « J’ai choisi de faire d’Harry Potter, un garçon, le héros de mon livre. Si j’avais décidé d’en faire une fille, ç’aurait été complètement différent. » (citation approximative, je ne trouve plus l’originale, mais c’était ça en substance)

    Au départ je pensais que c’était seulement parce qu’écrire avec un héros était plus simple, plus facile pour les lecteurs/lectrices d’identification, le masculin étant le standard.

  10. Oui, Yoow, comme vous dites…
    Depuis la publication de l’article, il y a un an, j’ai découvert qu’Isabelle Cani, « H. P. ou l’Anti-Peter Pan », 2007, avait, elle aussi, remarqué, p. 165-166, le symbole que suscite la baguette, mais elle en dit autant des balais, parce qu’elle ne fait pas la différence entre un objet dont on se passe souvent (le balai) et un objet dont on ne se sépare jamais (la baguette magique), qu’elle ne sent pas ce qu’il y a d’intime dans la baguette magique.
    J. K. R. – voir le début de l’article – a écrit le roman d’une adolescence masculine. Elle a donc dû affronter la question sexuelle. Avec sa subtilité habituelle, elle a dû sentir que la mue et mutation de Harry devait s’opérer derrière la porte (fermée de la salle de bain), à l’abri des regards. Il fallait donc que son récit 1) ne dise ni ne montre rien – Harry n’est nu que deux fois, et il n’y a jamais « âme qui vive » avec lui, mais seulement des morts, à savoir Mimi dans le IV et Dumbledore à la fin du VII, 2) suggère discrètement. Elle a réussi par la liponymie, mais aussi par le « point de vue », comme disait Henry James, un point de vue de garçon qui a peur pour son intégrité psychique, voire physique, et la défend en s’identifiant massivement à des représentations traditionnelles : contrairement à Hermione, qui se veut fille et intellectuelle, il fait du sport et lit le moins possible.

  11. Je ne dirai qu’un mot: « Riddikulus! » [ sort destiné à repousser un `bogart’ ayant pris sous la forme de Tonton Freud coiffé d’un chapeau à plumes (III, 4)]

    Sérieux, vous croyez à ce que vous dites? Passons sur ce freudisme un peu basique, ceci me titille:
     » Quoi de plus propre à expliquer son universel succès ? Car pareil secret agit comme par sorcellerie sur le lecteur : il n’y voit que du feu, mais il est subjugué et le charme opère. »

    Il me semble qu’il y a bien d’autres éléments dans HP qui peuvent fasciner le lecteur et expliquer l’universel succès, il y en a même tant que l’on pourrait considérer l’oeuvre de JK Rowling comme une bonne synthèse de la plupart des mythes humains. Mais en particulier il y en a deux au moins qui me semblent bien plus crédibles et puissants que le pénis caché:
    – la magie: qu’on pourrait définir comme « l’impossible rendu visible » (En effet si la magie était possible, réelle, ce ne serait plus la magie, mais une simple discipline ou un art). S’esbaudir avec la magie c’est un peu rejouer la « mégalomanie infantile », tenter de s’échapper du réel banal, de s’abstraire de ce que les bouddhistes appellent « la souffrance de l’existence conditionnée ».
    – un thème omniprésent dans HP: la relation parents-enfant, la notion d’héritage, tout ce que les enfants doivent à leurs parents, que ce soit la classe sociale (wizards/muggles), la lignée (familles de sorciers), ce qui leur manque (Harry) ou ce qu’ils rejettent (Voldie)…

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