Hédi Turki, parcours abouti d’un peintre abstrait

Conquérir la matière, la forme, le trait. Avec appétit, vigueur, excès. D’abord les projets, les intentions. Balbutiements, tentatives, hésitations. Puis les ébauches, premières dynamiques, lignes de fuite et perspectives. Organiser le chaos, décréter l’ordre. Malaxer les couleurs, les volumes. Concasser l’espace, le reconstituer. D’un regard fécond, œil libre, capter l’essentiel, entrelacs de souffles et sensations. Mystères et arabesques de son inspiration. Exorciser le mouvement, fixer le rythme. Tisser des atmosphères, croiser les vides. Elégance, rayonnement, sorte d’envoûtement. Habiter la peinture, être habité par elle.

« Africanité »
huile sur toile, 1987, 89 x 116 cm achat exp. Art pour l’Afrique

Après maintes contemplations, félicités et exaltations, le passage de l’ébauche à l’épreuve, puis à l’œuvre. Faire surgir de son imaginaire une harmonie, des lumières. Une allure qui au-delà de la raison pure emporte l’admiration. Puisant à travers ses invisibles et intérieurs horizons, art de la surface et des débordements, accélérer l’avènement du sens. Expressionniste incandescence. Méditant sur ses propres dangers, se livrant sans retenue aux découvertes de situations et émotions nouvelles, son engagement est délibérément, totalement et définitivement dans l’inconnu et ses infinies étendues.

Affronter l’existence, la condition humaine, le hasard. Explorer Pollock, Tobey, Rothko, Mondrian et Kandinsky. Aventurer ses pinceaux à leurs codes, énigmes et clés. Toute une rhétorique gorgée d’inventions, risques, trouvailles et expérimentations. Puis, universelle jubilation des vitalités, furie implacable des sensibilités, sous la sobre ivresse de ses doigts esthètes, Hédi Turki goûte et savoure la vie. Températures chaudes de l’œil amoureux, de Paris à Rome, de New York à Tunis, il sculpte sa propre étincelle, son originalité. Initiation partagée, novateur flamboyant, Turki produit une authentique singularité. Dans toutes ses pulsations, ses tremblements. Tous ses éclatés, ses fragments.

Au-delà de l’image et du réel, mouvance perpétuelle, peindre c’est extraire la vitalité d’une toile. En maîtriser l’abstrait, l’informel. Y sublimer ses désirs, ses pulsions. Y thésauriser ses plaisirs, ses passions. Créativité luxurieuse, indomptable. Audace et fougue insatiable. Turki célèbre la jouissance de l’être dans toutes ses vibrations, ses gestes. Pour posséder à jamais un instant de volupté, ses délices, grâces, ferveurs, enthousiasmes et fantasmes. Peindre permet d’arrêter l’énergie pour la contempler. L’apprivoiser, s’en nourrir, s’en inspirer.

Battements, suintements et ruissellements de l’âme. Aura dense transfigurée de la chaire. Se révéler à la vie, à Soi, aux autres. Confidences intenses et subtiles de sa vivante existence. Accepter le Tragique comme moteur du réel. Et devenir. Devenir Soi. Tempérament, sensibilité, caractère. Homme complet. Peindre c’est affirmer une spiritualité.

Jean-Baptiste Mesona

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