Entrée libre, épisode 2

Autopsie d’une petite soldate inconnue du Théâtre à tout prix

J’ai goûté aux tourments de « La Pitié dangereuse » de Stefan Zweig, adaptée, mise en scène et produite par Elodie Menant au Lucernaire.

Plutôt que développer mon sentiment sur la représentation, et au-delà de toutes les critiques que vous pourrez trouver en quelques habiles clics et mots-clés sur la toile, il m’est venu l’envie de m’intéresser à la démarche même de ces auto-producteurs, de ces petites mains ouvrières d’artistes, pour le plus souvent méconnues, alors que ce sont celles-là même qui tissent le plus grand nombre d’ouvrages à la disposition du public.


Ces spectacles de proximité aux quatre coins du pays qui déplacent bon an, mal an, une grande population de fidèles qui ressort le plus souvent la tête pleine d’émotions autant bigarrées qu’inattendues… En effet, à part un vague résumé du sujet, la plupart de celles et ceux qui se dirigent au pied du rideau ne connaissent pas ou peu le casting de celles et ceux qu’ils s’apprêtent à applaudir.

Comme les thèmes et les mises en scènes doivent être riches pour que le public soit sans cesse stimulé et toujours fidèle aux rendez-vous de ces innombrables spectacles qui nourrissent les calendriers décennie après décennie !

Merci et hommage au public.

Et donc, cette fois-ci encore, un grand merci à Elodie Menant pour cette pièce toute en émotions qu’elle a su, grâce à son excellente adaptation, savamment transmettre au public.

Bravo également pour son engagement sincère dans cette profession aux joies éphémères, hélas contrariées par mille et une difficultés, et nourries par un travail d’arrache-pied où l’on ne compte pas les heures, la course au fric, aux subventions, aux Tourneurs, aux Critiques, les parades aux fieloseries des sempiternels rabats-joies qui décatholiseraient un Saint…

Et malgré tout, devoir toujours s’accrocher, toujours y croire… pour finalement livrer son enfant dans l’espoir et la crainte du jugement de ses pairs, des journalistes, du public.

Puis viennent, à peine revenu sur terre, à peine démaquillé, les avis. Lesquels se partagent, souvent à coup de phrases toutes faites ou de comparaisons surréalistes, entre enthousiasmes débordants, indifférences, et sentences couperets…


Même si les plus jolis compliments argumentés sont la plus belle des récompenses, après le degré de chaleur des applaudissements, le plus douloureux sans doute reste les critiques acerbes faisant abstraction de tous les efforts productifs de l’ensemble. La motivation des auteurs de ces commentaires destructeurs reste floue car, selon leurs positions dans la profession, cela peut causer gratuitement des conséquences contre-productives. A commencer par la désaffection de la volonté d’entreprendre.

Alors que pour l’artiste, à l’origine, il ne peut s’agir que d’une idée généreuse de proposer son rêve en partage avec le plus grand nombre…

C’est en cela aussi qu’Élodie, dont le nom à coup sûr ne vous dira trop rien, est admirable.
Cette vaillante petite soldate inconnue du Théâtre à tout prix, perdue au milieu des kyrielles de pièces montées dans autant de théâtres, année après année depuis tant d’années.

Qui, une fois les lumières éteintes, se dirige vers la gare en pressant le pas pour ne pas rater le dernier train de 23:07 pour Rambouillet, sacrifiant dans cette production pour l’amour de son Art, une grande partie de sa vie privée et de ses économies.

Alors, critiques, ménagez par la finesse de vos argumentaires, ces artistes pleins de leurs rêves à offrir malgré leurs maladresses. Car la première de leurs réussites est d’être devant vous, debout sur les planches.

Au firmament de toutes ces énergies, brille sans fin une étoile qui indique aux artistes un seul chemin: La foi en soi.

Continuez ! Sous toujours d’autres formes à trouver, pour recommencer, pour se perfectionner, pour se surpasser, néanmoins bravi, brava, bravo et continuez…

Kris Bénard

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