Sébastien Gabriel : « J’ai chèrement payé ma liberté de faire un film comme je l’entendais »

Auteur d’un long-métrage et de plusieurs courts, Sébastien Gabriel trace son chemin de réalisateur, le plus souvent loin des regards, fidèle à ses idées de cinéma, façonnées par l’expérience du terrain. Quel qu’en soit le prix..

On ne te connaît pas forcément, raconte-nous un peu ton parcours. On dit souvent de toi que tu es un autodidacte, tu es d’accord avec ça ?

Oui. Je n’ai pas fait d’école de cinéma. J’aurais aimé faire la Fémis mais mon parcours scolaire chaotique ne me l’a pas permis. Techniquement, j’ai appris au fur et à mesure des rencontres, des différents postes tenus sur les tournages, dans les livres, ou de mon travail de magasinier chez un loueur de caméras. Et je n’ai pas fini d’apprendre.

Tu viens de la pub et du vidéoclip, qu’est-ce que ça t’a apporté ? 

Je ne peux pas dire que je viens de la pub. Mais j’y ai parfois travaillé comme technicien pour obtenir mes heures d’intermittent, afin de recouvrir mon statut. Ça m’a appris à rester pragmatique. A saisir les opportunités qui permettaient le développement de mes propres projets en parallèle.

Tu as démarré au cinéma par la technique (machiniste, régisseur), ça a changé la donne, selon toi, quand il s’est agi de créer ton propre film par la suite ? 

Oui, j’ai beaucoup appris à travers toutes ces expériences. J’ai pu à peu près mesurer ce qui m’était possible, accessible. Ce qui m’a permis de me lancer dans les premiers courts-métrages. Et puis par la suite sur le long.

En 2005, justement, tu réalises « Et si je parle », ton premier et magnifique long-métrage. Ce film a-t-il une place particulière dans ton cœur ? Il y a un avant et un après, non ?

J’ai une relation un peu étrange avec ce film c’est du « je t’aime moi non plus ». Il était à faire pour la satisfaction d’avoir mener le projet à terme malgré toutes les difficultés que cela a engendré. Pour la satisfaction d’avoir obtenu l’avance sur recette après tournage. Ce qui a permis son existence sur les écrans. Pour le soutien du cinéaste Jean-Claude Guiguet, reconnaissance d’un pair. Oui l’autodidacte que je suis fut comblé. Mais si c’était à refaire, le referais-je ? L’après fut très pénible. J’ai chèrement payé ma liberté de faire un film comme je l’entendais. Au point qu’aujourd’hui je ne le montre plus aux producteurs et productrices que je rencontre.

Plus récemment, avec « Omar » (voir ci-après), tu as signé un film social et très politique. C’est le rôle du cinéaste selon toi ? Cela te tenait particulièrement à cœur ? Bertrand Bonello nous a confié, il y a quelques mois, « ne pas faire de films politiques mais du cinéma politiquement », tu en penses quoi ?

Lorsque tu apprends que la majorité des suicides d’ados est liée à leurs préférences sexuelles, et que tu es père de deux enfants, alors aucune hésitation d’investir le champ politique. A condition, oui, de ne pas faire un film politique mais faire un film politiquement, c’est à dire rendre visible la frontière qui sépare film et politique.

L’homosexualité au cinéma est-elle un sujet à elle seule selon toi, ou seulement une façon parmi d’autres de traiter la différence ?

L’homosexualité n’est pas pour moi une différence. C’est une singularité comme l’hétérosexualité et la bisexualité. Et les singularités, dans l’agencement de la poly-identité, peuvent devenir des sujets à elles seules.

En préparant cette interview, tu m’as dit que ce n’était pas ton truc, les interrogatoires. Comment vis-tu le regard des autres sur ton travail et sur toi-même (la critique…) ?

Je considère celles qui me font avancer. Quant aux autres…

Tu es actuellement sur un nouveau projet. Dis-nous un peu de quoi il s’agit.

C’est un court-métrage intitulé « Sous X »: l’histoire d’un homme qui disparaît aux yeux de tous. En quête de son identité disparue. Il passera de l’exaltation à la souffrance, avant que son fils le fasse renaître.

Le nom de notre magazine, « Profondeur de champs », qu’est-ce qu’il inspire au cinéaste et à l’homme que tu es ?

J’affectionne particulièrement la courte profondeur de champ. C’est pour moi l’espace de l’intime. C’est là que se niche le Je. L’épiderme d’une identité.

                                                                                                      

Entretien réalisé par Quentin Jagorel

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