Michel Gondry ou la beauté des petites choses

« Faire des films n’est qu’une expression du syndrome de Peter Pan. C’est un moyen de rester petit » – David Cronenberg.

Michel Gondry est un grand enfant, un lost kid de Peter Pan. Chacun de ses films est la réalisation d’une de ses rêveries, comme un scénario de cour de récréation où chacun dirait : « J’étais le papa et tu étais la maman, mais tu voulais m’oublier alors tu prenais une machine pour m’effacer de ta tête« .

Et pour réaliser ses rêveries, il met toute son inventivité au service de la mise en scène. D’un concert de chats à l’exploration d’un souvenir, il développe une palette de savoir-faire d’utilisation de la vidéo, du home made, de l’impression, hérités tant du pop art que de l’animation ou encore du film de série B low-budget.

Gondry s’est fait connaître avec des clips, notamment pour Björk dont la maîtrise technique est incontestable (on pense à Come into my world pour Kylie Minogue ou Let forever be des Chemical Brothers pour d’autres artistes) et qu’on retrouve dans ses films. A l’image d’un Spike Jonze, autre « clipper » et réalisateur (Dans la peau de John Malkovich, Where the Wild things are), l’influence de la méthode de vidéographie utilisée pour le clip se ressent dans ses films, dans cette capacité à transformer le plateau, en s’affranchissant des limites tant visuelles que purement formelles.

Gondry a intégré puis réinventé toute la pop culture. Andy Warhol reproduisait infiniment Marilyn Monroe ? Il reproduira infiniment une femme dansant avec ses clones, dans un même mouvement kaléidoscopique (Let Forever be). Le Lego n’est qu’un simple jouet ? Il animera ce symbole des heures de jeu de toute une génération dans Fell in Love with a Girl des White Stripes, révélant l’esthétique dans l’accumulation de simples petites briques de plastique de couleur primaire.

Il nous montre la poésie et la beauté que l’éclat d’un néon ou la pixelisation à l’extrême peuvent avoir.

Gondry nous montre la beauté des petites choses, de la contre-culture ou de la sous-culture, du street-art et du papier mâché. On peut penser qu’il se réclame de toute une culture parallèle du film, des geeks, nerds, fans, qu’il a même célébrée avec Be kind Rewind et jointe à l’univers du Comic avec the Green Hornet. Ce n’est pas un hasard s’il a réalisé deux épisodes de la série télévisée néo-zélandaise Flight of the Conchords (malheureusement arrêtée) qui, elle aussi, célébrait ponctuellement le temps d’une scène la représentation des rêves et fantasmes des héros par l’utilisation du home made (pour cela, chercher les vidéos des chansons « Albi the racist dragon » et « Bowie’s in space« ).

Michel Gondry est un grand enfant, un lost kid de Peter Pan. Avec son travail, nous allons au Pays Imaginaire, suivant la deuxième étoile sur la droite, et tout droit jusqu’au matin.

Clémence Rebourg

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