The Magic School Bus

Critique de The We and the I, de Michel Gondry

The We and the I est une petite chose fantastique.
Une heure cinquante durant, nous suivons des lycéens du Bronx qui rentrent chez eux après le dernier jour de classe, à bord d’un bus qui, cahin caha, les mènent à travers les rues de New York. Le film a une structure chorale, réunissant de toutes les émotions : colères, moqueries, atermoiements que des adolescents peuvent vivre; le bus étant la scène d’explosion progressive de tous les états d’âmes des lycéens – lycéennes. L’une s’apprête à célébrer son Sweet Sixteen et rédige avec sa meilleure amie la liste des invités, un autre drague par sms, une troisième sèche les cours par peur du regard des autres.  Qui d’autre que Michel Gondry aurait pu avec autant de simplicité, de poésie, de douceur dépeindre un évènement si quotidien et ordinaire ?

The We and the I est une petite chose fantastique.
Comme plusieurs réalisateurs avant lui, Michel Gondry a engagé des jeunes, non professionnels pour jouer. Exercice périlleux s’il en est ! Là où le film de Laurent Cantet, Entre les murs (qui utilisait ce procédé) paraîssait surfait, lourd,  le film de Michel Gondry est juste, beau dans son évidence et sa légèreté. Le réalisateur a en effet une telle complicité avec ses acteurs, une telle empathie pour ses personnages, que son film en est lumineux. Ce grand adolescent baigné de street culture qu’est Michel Gondry a ici le regard tendre d’un grand frère, qui regarderait, avec une pointe de nostalgie, grandir ses frères et soeurs. Gondry réussit à nous faire partager ça,  et c’est finalement à la fin du film, dans la dernière scène, au dernier arrêt du bus, que les liens que nous avons tissés avec cette bande de jeunes se révèlent dans toute leur force. Michel Gondry, comme il l’avait fait dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind montre encore une fois qu’il est aussi un réalisateur du pathétique ou du tragique. Ils sont des lycéens du Bronx. Michel Gondry est un lycéen du Bronx. Nous sommes des lycéens du Bronx. Est-ce le sens qu’il a voulu donner à ce titre ? Nous sommes ce fameux We, et chacun des lycéens, chaque I avec ses propres interrogations, doutes ou émotions fait lui aussi partie de ce We. Le rapport au groupe est en effet l’un des motifs majeurs du film, puisque chacun y est toujours confronté, confrontation qui peut s’avérer heureuse ou non. Faire partie du groupe (du « We »), s’intégrer, se faire chambrer ou applaudir, c’est confronter sa personnalité à la personnalité d’une tribu qui peut être lapidaire : la jeune Teresa en fera les frais.

The We and the I est une petite chose fantastique.
Après la très hollywoodienne (malheureusement ?) production de The Green Hornet et avant le chantier conséquent qui l’attend avec l’adaptation de L’Ecume des Jours, The We and the I sonne comme une parenthèse, une récréation pour son réalisateur. Mais finalement, n’est-ce pas son absence de prétention qui le rend si spécial ? Aucun message sur l’état du système scolaire américain, aucun jugement sur ces jeunes du Bronx parfois vulgaires, violents, insolents, juste la joie d’un dernier jour de classe et le premier jour des vacances, les rires, la lumière mais aussi les disputes, les moqueries, les insultes… La vie ?

The We and the I est une petite chose fantastique.
S’il utilise comme souvent le home made (magnifique générique !), les vidéos low quality que ses fans apprécieront, il montre une grande maîtrise technique alors que le film se déroule en quasi huis-clos dans ce bus. Sa caméra sait s’adapter au lieu et même profiter des différents plans,  que peuvent offrir des sièges de bus, ce qui se passe à l’arrière du bus (et dans le fond du plan) est tout aussi important que ce qui se passe à l’avant (du bus, et/ou du plan). La scène est parfois divisée presque comme en split screen par le fait qu’à l’arrière comme à l’avant des histoires se déroulent. Boîte fermée, le bus donne pourtant l’impression de s’ouvrir sur le monde, qui est tout entier contenu dans son habitacle en métal. C’est la vie adolescente avec  ses facettes et influences multiples qui est toute entière contenue dans ce bus, c’est le monde qui s’ouvre à eux le temps d’un voyage. La séquence, très courte où les ados arrêtent de faire ce qu’ils font pour regarder une jolie fille passer à vélo semble suspendre le temps. La délicatesse du monde, offerte un instant par le soulevé de la robe de cette fille pédalant, s’invite dans ce bus où la grâce ne fait sans doute pas loi.

The We and the I est une petite chose fantastique. The We and the I est une grande chose fantastique.

[Lire aussi notre article sur Michel Gondry, de la même rédactrice]

Clémence Rebourg

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