The XX : Coexist, une mélancolie dansante

L’album est arrivé dans les bacs le 11 septembre dernier, tout juste avant l’automne, alors que l’été s’achève et que le soleil devient de plus en plus avare de sa présence. Et cela ne doit sans doute rien au hasard, car Coexist est une ode au crépuscule et à la nuit, empreinte d’une nostalgie sonore, enivrante et douce.

Le groupe chante le crépuscule du couple :

« Angels », le titre qui ouvre l’album, nous fait pénétrer dans l’intimité de deux êtres déjà installés dans une forme de routine. La chanson fait ainsi le lien avec l’album précédent, qui explorait la beauté et les paradoxes de la relation amoureuse. Mais la voix de Romy Madley Croft, qui résonne à la fin d’ « Angels », s’éteint doucement sur le mot « Love »… une manière de jeter le trouble au sein de ce couple fictif dépeint tout au long de la chanson. Le premier titre est donc à la fois une façon de faire le lien avec l’opus précédent et de s’en démarquer.

La chanson suivante, « Chained », ne nous laisse plus douter à l’écoute du refrain : « we used to be closer than this ». C’est bien d’un couple en pleine remise en question, d’un couple qui bat de l’aile, que les xx ont choisi de chanter la tristesse ainsi que quelque chose qui se rapproche de la beauté tragique. Tout l’album développe sous différentes nuances cette même thématique, ce qui lui donne une cohérence palpable ne serait-ce qu’à l’oreille : le passage d’une chanson à l’autre se fait naturellement, sans qu’il soit possible de sentir une quelconque coupure entre les titres.

« Sunset » (titre équivoque) est placée au centre de l’album et dépeint la complexité d’un amour qui n’est pas tout à fait éteint, même après la séparation. De belles polysémies sont à l’œuvre dans les couplets, et elles reflètent toute l’ambiguïté de la perception de l’être que l’on aimait après qu’on s’est éloigné de lui. Par exemple, au troisième couplet, Romy chante: « It felt like you really knew me/ Now it feels like you see through me ». On peut noter l’équivoque de « see through me »: cela peut signifier à la fois connaître parfaitement quelqu’un, à tel point que l’on lit dans ses pensées, mais aussi être totalement transparent, de sorte que l’on ne vous voit pas ou plus.

Coexist est aussi une ode à la nuit, de par l’atmosphère crépusculaire de tout le disque, aux accents mélancoliques et nostalgiques, mais aussi de par la référence au monde de la nuit, notamment à travers l’utilisation de boîtes à rythme très utilisées dans les clubs qui passent de la bonne house. Et il faut dire que le paradoxe qui pourrait surgir entre des textes et des mélodies qui sont empreints d’une douce mélancolie, et le rythme entraînant d’une rythmique de type « house » n’est qu’apparent, car la musique sonne parfaitement. Pour preuve, dans « Swept away », le rythme provenant de la boîte utilisée par Jamie Smith, opère une sorte de catharsis musicale en parvenant à nous faire danser sur des paroles qui gardent tout de même le goût d’amertume d’un amour gâché.

Un album placé sous le signe de la nuit donc, qui s’écoute de préférence dans l’obscurité, et qui, loin de nous faire tomber dans la déprime, malgré le choix d’un thème peu enclin à nous faire sourire, nous donne envie de danser : là est sans doute sa grande originalité.

Emilien Fargues

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