Une éthique du mal de cheveux : Comment soigner la gueule de bois avec Spinoza

Oui, la philosophie fait peur ! Un mot compliqué, aux racines grecques qui plus est, ne servant qu’à poser des questions sans jamais proposer de réponse. Certains se sont arrachés les cheveux sur leur cahier de cours, d’autres ont tout simplement laissé tomber l’exercice de la dissertation. Tout un programme donc, aussi chiant que la pluie qui tombe, un jour de juillet sur les docks de Dunkerque. Mais c’est précisément là que l’on se fourvoie ! La philosophie est ton amie, ton alliée dans les moments difficiles, et c’est ce que je vais m’efforcer de te prouver.

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Compliquons un peu la tâche, et prenons une situation ô combien commune, la gueule de bois, le mal de cheveux, ou autre lendemain qui déchante. Tout pour éviter de se prendre la tête avec des questions alambiquées. Pourtant, loin d’être une cause du mal de tête, la philosophie peut être un remède. Le grand Baruch, polisseur de verre de son état, l’avait fort bien compris en publiant en 1677, son Ethique. Selon lui le but ultime de chaque chose est de persévérer dans son être, ce qui signifie, pour reprendre les termes de l’inénarrable Thierry Lhermitte dans Un indien dans la ville: « chacun sa route, chacun son chemin ». L’efficacité de la formule fera date dans l’histoire de la philosophie sous le nom de conatus. Mais Spino (on est pote lui et moi, j’ai le droit de l’appeler Spino) va plus loin, en pensant que l’on est déterminé à suivre notre chemin. Le choix n’existe plus, c’est une illusion. C’est donc une pensée forte mettant notre libre arbitre au rang de chimère. La liberté, au sens de libre choix, de libre décision, relève de l’illusion. Il écrit à ce propos : « Tout a été déterminé par Dieu, non certes par la liberté de la volonté, autrement dit, par un bon plaisir absolu, mais par la nature absolue de Dieu, c’est-à-dire sa puissance infinie » [1]. L’homme ne peut donc se dire libre, au sens « d’un empire dans un empire », étant un mode inscrit dans une chaine causale.

Venons-en maintenant à notre gueule de bois. Comment la soigner? Y-a-t-il un remède miracle ? Grand-mère peut-elle vraiment m’aider en me préparant ce bouillon de cuisse de grenouille et d’huile de foie de morue? Dois-je vraiment boire l’intégralité de ce verre de brandy au réveil? Toutes ces solutions (chimiques), et bien d’autres que nous pouvons trouver sur la toile, ou dans nos grimoires ancestraux, ne semblent guère judicieuses si l’on en croit le duo Spinoza/Lhermitte. Notre chemin étant tracé, notre libre-arbitre étant relégué au rang de doux-rêve, il nous faut endurer ces longues heures, déterminées par notre désir animal de boire – beaucoup – sans espérer de véritable miracle. D’ailleurs, en parlant de miracle, Spino pensait que c’était le nom donné à notre ignorance ou à notre illusion. Nous voilà bien, prêt à affronter les heures de la gueule de bois, sans troncher mais avec la liberté de savoir que l’on ne peut rien y faire. Et c’est cela, pour le grand Baruch, la véritable définition de la liberté (sans y prendre garde, nous voilà plongé entièrement dans la philosophie), elle est une prise de conscience de notre détermination, de notre nécessité à agir de telle manière, à endurer telle peine.

Pourtant de petits malins pourraient me rétorquer que leur chemin à eux est de sortir au plus vite de cette gueule de bois, pour aller par exemple à un entretien d’embauche, ou pis encore, à un concert de Lara Fabian (qui sont ces gens ?!). À ceux-là, deux arguments me viennent à l’esprit : si vous formulez ce type de question, c’est que vous avez un peu moins mal au cheveux que nous autres, ayez donc un peu de pitié pour ceux qui souffrent, et ne vous faites pas passez pour ce que vous n’êtes pas (rien de pire qu’un type frais comme un gardon et qui se plaint d’une gueule de bois imaginaire en face d’épaves, qui elles, peuvent à peine formuler un mot). Deuxièmement, même en croyant à la réalité de votre gueule de bois, rien ne servirait pour Spinoza de forcer la nature. En effet, il est impossible d’aller à l’encontre de sa détermination, et si vous croyez pouvoir changer les choses, vous êtes bercés par de douces illusions. Dès lors, si votre destin, votre « chemin » pour reprendre le célèbre indien, est bien d’aller entendre Lara Fabian au palais omnisport de Chantilly, la nature (qui apparemment vous veut du mal) conduira vos pas, et vous donnera la force d’y aller, même avec une barre dans la tête à faire pâlir la belle Kathia de la place Clichy.

Qu’avons nous donc appris ? D’abord, que la philosophie, loin d’être une matière obscure enseignée par des vieux druides érudits dans des sales de classes poussiéreuses, est plutôt sympa, et peut nous aider, même avec le pire mal de cheveux. Deuxièmement, que la patience est souvent meilleure conseillère que les sites internet. Pour reprendre cette célèbre phrase du plus inactif des Présidents du Conseil de la IVe République, j’ai nommé le bon docteur Queuille : « il n’y a pas de problème qu’une absence de solution ne puisse résoudre ». Ainsi : persévère dans ton être, et la gueule de bois ne passera pas plus vite mais plus agréablement !

Valentin Schmite


[1] Spinoza, Ethique, Appendice, Livre 1

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2 réflexions sur “Une éthique du mal de cheveux : Comment soigner la gueule de bois avec Spinoza

  1. En fait, la seule réelle solution à la gueule de bois reste de boire et de pisser un max pour purger notre organisme (et notre foie par la même occasion). « Spino » était un putain de glandu qui suivait, anachroniquement, la belle formule de Kafka : « Je règle souvent mes problèmes en les laissant me dévorer ».
    Le chemin est tracé mais c’est nous qui le traçons. Le destin n’est que passé regardé a posteriori, nous choisissons le présent à chaque instant. Même si je conseille tout de même aux aficionados de Lara Fabian de rester dans leur pieux, pour leur bien.

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