Chronique sur l’exposition « Abdessemed » au Centre Pompidou (1/2)

L’exposition de l’artiste contemporain Abdessemed, à Beaubourg, donne à réfléchir. L’artiste est un adepte de l’art coup de poing. Pour nous assommer, il n’hésite pas à employer les grands moyens : vidéo pornographique, voitures carbonisées, vidéo d’animaux hurlant et s’entrebouffant.

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Ce qui transparaît de l’espace intérieur d’Abdessemed, c’est un néant carbonisé. On se tromperait en parlant d’immoralité de l’oeuvre : d’une part, on déclencherait les mécanismes, bien huilés, d’autodéfense du système économico-artistique actuel qui fait son beurre sur le mythe confortable d’un prétendu risque de censure des  « conformismes » mettant en péril « la liberté des artistes », d’autre part on oublierait que l’art n’est ni moral, ni immoral : il est amoral, il vit de liberté. Non, le problème est plus simple et repose sur la conviction que l’art finit par trahir sa raison d’être lorsqu’il ne devient qu’une machine à dénoncer, exhumer la laideur, s’amuser du scandale, prôner la destruction. Interroger et subvertir, certes, mais lorsque la subversion n’invente rien, elle devient une farce absurde. A force de se rêver en miroir de la violence du monde, ce type d’art contemporain oublie que la force de l’art réside justement dans sa capacité de transfigurer la réalité, non pas de la reproduire. Or, Abdessemed reproduit la réalité avec application, avec entrain et sûrement avec sincérité. C’est pour cela qu’aucune de ses œuvres ne paraît unique, nécessaire, irremplaçable ; reposant sur une idée, chacune pourrait être autre. Sa lucidité corrosive devient tyrannique car elle est mécanique. Est-ce dire que l’art est forcément du côté de l’amour et de l’enthousiasme naïfs ? Non. Baudelaire n’était pas un naïf et, afin de survivre au mal, il cultivait dessus des fleurs ; par le seul pouvoir de son regard singulier, il transformait le sang en or ; à l’endroit même de sa blessure, il dévoilait une source vive. Rimbaud souffrait en alchimiste, lancé dans les profondeurs de la langue et déterminé à en extraire la vérité pure. Alors que l’art naît de la tentative, inscrite comme une trace au cœur de l’homme, de créer à partir du sentiment ambivalent de la lucidité face à la mort et de la soif d’amour et de consentement, l’œuvre d’Abdessemed est du côté d’un refus dogmatique et figée.

Ses œuvres semblent être désertées par la volonté de la liberté. Elles hurlent mais leurs hurlements se ressemblent et ne paraissent pas être le prolongement d’un manque, d’une souffrance ou d’un désir. Elles ne semblent faites que pour frapper et c’est pour cela qu’il m’est impossible de les chérir et de les aimer.

Foucauld Giuliani

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