The Black Angels : « La musique est notre religion »

Proposant une synthèse de la musique psychédélique, rappelant tout autant les balbutiements sixties des 13th Floor Elevators que le drone assumé des Spacemen 3 vingt ans plus tard, les Black Angels tracent depuis presque dix ans un sillon frôlant la perfection et participent activement au renouveau d’une scène éminemment alternative. Entretien avec Christian Bland, guitariste des Black Angels.

The+Black+Angels 

Nous avons en France une image très cliché et négative du Texas et peu de personnes s’imaginent qu’Austin, d’où vous venez, est une ville aussi vivante et centrée sur la musique (je pense au mouvement Keep Austin Weird ou aux festivals SXSW et Austin Psych Fest par exemple). Comment expliquez-vous que cette ville soit si différente du reste du Texas ?

Je pense que l’explication principale est la présence de l’University of Texas, qui attire et brasse des personnes du monde entier. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale et même durant les années 1950, Austin était un endroit très conservateur. Ce n’est que vingt ans plus tard, avec l’apparition de la génération hippie, que les weirdos arrivèrent. Un groupe comme les 13th Floor Elevators a aussi joué un rôle majeur dans l’affirmation de l’identité psychédélique et alternative de la ville. Tout cela est d’ailleurs très bien expliqué dans le documentaire « Dirt Road to Psychedelia » de Scott Conns.

De manière générale, Austin est une ville tellement agréable à vivre que beaucoup d’étudiants de l’University of Texas (UT) décident de rester après leurs études, particulièrement les personnalités créatives, ce qui alimente la ville en bizarrerie (rires).

La vie à Austin favorise-t-elle la créativité, la collaboration avec d’autres artistes ?

Indéniablement. Je suis arrivé ici en 2002 pour étudier à UT et je n’en suis jamais parti. Cette ville regorge de personnes créatives, ouvertes, inventives. C’était l’endroit parfait pour fonder un groupe.

Vous faites de la musique psychédélique, vous en êtes même les grands représentants à notre époque. Comment en êtes-vous venus à ce genre de musique ?

En un mot : Sgt. Peppers (ndlr : Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, huitième album des Beatles sorti en 1967 et véritable manifeste psychédélique). Je l’ai écouté pour la première fois quand j’avais neuf ans et c’est à cette époque que tout a commencé.

Cette musique faite de répétitions, de mantras, donne un caractère quasi incantatoire à votre art. La musique est-elle une spiritualité pour vous ?

Oui. La musique est ma religion.

Le Velvet Underground semble avoir une importance centrale dans votre groupe (votre nom et logo en sont des références directes). Comment expliquez-vous votre fascination pour ce groupe ?

J’ai découvert le Velvet quand j’avais dix-huit ou dix-neuf ans et j’ai tout de suite été fasciné par leur premier album (The Velvet Underground & Nico, 1967). Chaque chanson est absolument unique et émouvante, c’était la première fois que j’entendais quelque chose d’aussi simple, brillant, sinistre. C’est cet album qui m’a donné envie de jouer de la guitare. Avec Alex (Alex Maas, chanteur des Black Angels), on écoutait souvent cet album ensemble pour essayer de trouver l’inspiration pour de nouvelles chansons.

Un autre personnage emblématique de la musique psychédélique semble avoir pris une place majeure dans votre vie : Roky Erickson, fondateur du groupe 13th Floor Elevators. Quelle relation entretenez-vous avec lui ?

On est parti en tournée avec lui en 2008 sur la Côte Ouest. C’était assez irréel de jouer ces chansons qui m’avaient fait commencer la musique il y a tant d’années. Roky est un vrai personnage. On aurait aimé jouer des chansons des 13th Floor qu’il n’avait pas jouées depuis une trentaine d’années mais on s’est retrouvé à jouer uniquement les cinq premières chansons de leur premier album. C’était assez drôle et touchant de s’asseoir avec lui et réapprendre à jouer Roller Coaster, Don’t Fall Down et Reverberation à la guitare acoustique (rires).

Que penses-tu de la scène rock psychédélique actuelle (Wooden Shjips, Moon Duo, UFO CLUB, Mondo Drag, Radio Moscow…), vous influencez-vous entre vous ? Vous considérez-vous comme les « parrains » de cette scène ?

Cette résurgence du rock psychédélique est magnifique et j’espère que ce n’est que le début et que ce phénomène continuera à s’amplifier. Je ne nous vois pas forcément comme les « parrains » de cette scène. Des groupes comme le Brian Jonestown Massacre, Black Rebel Motorcycle Club, The Warlocks ou Clinic, pour ne citer qu’eux, remplissent plus ce rôle selon moi.

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Revenons-en à votre musique : vos deux premiers albums étaient dans la même veine psyché-drone, le troisième plus court et influencé par les premiers albums des Beatles et des Beach Boys. Quelle direction musicale avez-vous privilégié cette fois-ci avec l’album à venir ? Travaillez-vous toujours avec le label Blue Horizon et avec un producteur ou retournez-vous à un processus de production simplifié comme à vos débuts ?

Oui, nous avons rempilé pour un album de plus avec Blue Horizon, et nous avons décidé de faire appel au producteur John Congleton. Le nouvel album devrait sortir en avril 2013. C’est une version plus mature de Passover, notre premier. Encore une fois, c’est difficile de décrire avec des mots le son de cet album.

Cette année se tient la sixième édition de votre festival, l’Austin Psych Fest, avec un line up assez impressionnant (BRMC, Deerhunter, Clinic…). Qu’attendez-vous de l’APF cette année ?

Recevoir tous nos groupes préférés pour un week-end, chez nous à Austin, c’est incroyable. On vit un rêve éveillé. D’autant plus que c’est la première fois qu’on organise le festival en extérieur, dans un immense champ, donc on a vraiment hâte. On attend plus de 5000 personnes ! Le festival a passé un vrai cap cette année, et je pense que c’est en partie dû à la résurgence de la scène rock psychédélique dont tu parlais.

Vous semblez assez proche du groupe psychédélique français Wall of Death, avec qui vous êtes partis en tournée et que vous soutenez beaucoup. Comment les avez-vous rencontrés ? Suivez-vous toujours leur évolution ?

C’est lors d’un de nos concerts à Bruxelles en 2010, alors qu’ils faisaient notre première partie, que nous les avons découverts. On a été séduit par leur son tout autant que leurs personnalités et on leur a donc proposé de tourner avec nous en Europe en 2011 et on les a invités à l’Austin Psych Fest  en 2011 et 2012. Ils seront d’ailleurs de retour pour notre festival en 2013.

Je suis tombé sur cette citation du compositeur minimaliste américain LaMonte Young qui m’a beaucoup fait penser à vous : « One of the aspects of form that I have been very interested in is stasis – the concept of form which is not so directional in time, not so much climactic form, but rather form which allows time, to stand still ». Qu’en pensez-vous ?

Je ne connais pas bien son œuvre mais je m’identifie assez bien à cette citation : je peux apprécier une chanson de trois minutes des Zombies tout autant qu’un jam drone de dix-sept minutes des Spacemen 3. Tout dépend de l’humeur dans laquelle je suis en fait.

Dernière question : les artworks de vos trois premiers albums sont très ancrés dans une esthétique psychédélique, vintage, assez fascinante visuellement. Qui les a dessinés ? Avez-vous déjà une idée de l’identité visuelle du nouvel album ?

Eh bien… C’est moi qui ai dessiné les pochettes ! À vrai dire, avant de faire cette interview j’étais en train de travailler sur celle du prochain album. Mais pas d’indices, c’est une surprise. Allez, je retourne à mes dessins (rires).

Entretien réalisé par Paul Grunelius. Avec la participation de Rémy Pousse-Vaillant. 

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