La semaine du cinéma de Sciences Po – compétition de courts-métrages : Jour 5

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LE BOUCHER, Marion Dupas

Vendredi 22 février 14h45, suivi de « Kill Me Please« , Olias Barco

« Moi la femme, viande mortelle à habiter. »

Le Boucher est une adaptation du roman érotique du même titre, d’Alina Reyes. Ce petit livre, publié à la fin des années 1980, contait les désirs charnels d’une jeune fille pour son boucher, mettant ainsi les plaisirs érotiques au féminin.

Le Boucher version court-métrage d’animation, nous surprend d’abord par le contraste établit entre la narration, crue, toute consacrée à la chair, ses couleurs, ses formes, et les dessins en noir et blanc, neutres, impassibles, aseptisés.

C’est alors au spectateur d’imaginer, de colorier les mots et de construire un univers. Les bruitages, incessants, sont là pour faciliter l’immersion : chair tendre tranchée, papier cellophane découpé, poulet méticuleusement évidé. Les mots, dessins et sons forment alors un décor légèrement dérangeant, inquiétant. Un espace clos, de tension érotique entre un boucher et ses dames. Ce dernier, aguicheur, lance des compliments tout en aiguisant son couteau, et charme à grand renfort de numéros de cirque sanglants.

Récit d’un amour d’été d’une jeune vendeuse pour son boucher, ce court-métrage est également une réflexion sur les corps, le désir, la chair et, en filigrane, l’amour. Quelle différence, en effet, entre la chair morte étendue sur les étalages, et celle, vivante, du boucher ? Pourquoi entretenons nous nos corps, ces bouts de chair flasques et plein de sang ?

Difficile de se forger une opinion tranchée, un sentiment dominant sur ce court-métrage. L’on oscille entre écœurement devant ces amas de viande, et amusement face aux facéties du boucher. L’histoire est tant une ode au désir qu’une lamentation face à l’impossibilité de résister au plaisir charnel. La narration, ambigüe, nous perd, ne nous permet jamais de déterminer si notre héroïne évoque la viande ou le boucher, si elle est enivrée ou écœurée.

Après ce petit court-métrage aux dessins asymétriques, poétique mais cru, vous ne verrez plus jamais vos amoureux/ses de la même façon.

Emmanuelle Emmel

                                                  

LE SURPLUS DE SURFOCALISATION, Adrien Casalis

Vendredi 22 février 14h45 – suivi de « Kill Me Please » Olias Barco

« Vous savez ce que c’est la Surfocalisation ? » demande, toute floutée, une femme à un homme assis là par hasard. La Surfocalisation c’est le fait de regarder quelque chose et puis… De ne plus voir que ça. De surfocaliser, quoi.

Sur cette base à priori légère, voire absurde, Adrien Casalis extrapole, comme le font ses deux personnages. Composé d’un seul dialogue, dans un lieu pas exactement défini (ce pourrait être une église, ou un musée), Le Surplus de Surfocalisation voit se développer en direct une théorie et sa pratique, sur fond de musique classique. Comme dans de nombreux films de la présélection de la Semaine du Cinéma, les personnages, par leurs simples mots, embarquent le spectateur dans leur propre logique. La grande particularité du Surplus est justement d’aller presque plus loin que les autres, de faire « les choses en plus », voire même « les choses en trop », au point que l’extrapolation peut finalement se révéler dangereuse.

Par ailleurs, le film ne manque pas d’humour, notamment grâce à la complicité que font naitre les deux acteurs principaux entre eux. Ce sont ces derniers en effet qui, aidés en cela par une mise en scène inspirée, arrivent à transcender des dialogues à priori banals pour en faire quelque chose d’à la fois très naturel et très drôle. D’autant plus que Le Surplus de Surfocalisation joue beaucoup sur le second degré : le film n’hésite pas à se moquer de lui-même, et l’énergie débordante de l’actrice est sans cesse canalisée par le ton bien plus posé du personnage masculin.

Au-delà du simple exercice de style, Le Surplus de Surfocalisation arrive à faire rire et à toucher en quelques minutes. Puisqu’après tout, nous surfocalisons tous un petit peu.

Eliott Khayat

                                                     

LA SOLE, ENTRE L’EAU ET LE SABLE, Angèle Chiodo

Une équipe de chercheurs étudie la sole, cet animal étrange et asymétrique que Darwin lui-même n’avait pas compris. Ils cherchent à comprendre son évolution, en l’analysant, saison par saison. C’est que la sole est, en soi, « un miracle de la nature ».

Avec « La Sole, entre l’eau et le sable », Angèle Chiodo réalise l’un des films les plus touchants de la Compétition de la Semaine du Cinéma. En s’interrogeant sur l’évolution de cet animal hors-norme, la réalisatrice pose la question de la vieillesse : comment évolue un être vivant, comment s’adapte-t-il à son environnement. Bien sûr, la Sole n’est qu’une image. Mais dans la façon qu’a la réalisatrice de développer cette image, dans ce documentaire à la narration si « scientifique », on retrouve quelque chose de nos jeux d’enfants, quand nous demandions à nos parents ou à nos grands-parents de nous suivre dans nos histoires pour qu’on s’y sente mieux, et qu’ils le faisaient, par amour, parce que ça les amusaient aussi. Ce sont ces incroyables histoires qu’Angèle Chiodo arrive à réinventer.

Au-delà de la beauté et de la singularité de l’animation, ce qui marque dans « La Sole », c’est la sobriété et la justesse des scènes entre la narratrice – les chercheurs en fait- et la grand-mère. Celle-ci apparait au tiers du film, comme une grande découverte et elle marque le film de son empreinte, de son naturel. Chacune de ses scènes est un enchantement.

Et finalement, il n’y a pas de tristesse dans « La Sole ». L’évolution n’est pas triste, la sole finit par se faire dévorer, mais ce n’est pas grave, elle vit au moins. On rit beaucoup pendant le film, on aime beaucoup aussi. Et on finit par se dire, ce qui ne nous serait jamais venu à l’esprit auparavant, qu’effectivement, l’évolution de la sole est belle et mérite bien qu’on en fasse un film.

Elliot Khayat

Prix du public : votez pour votre film préféré ici.

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