Les caries des qataris

Doha dans l’oeil (épisode VIII)

Lire épisode VII

Il fallait que ça arrive. A force de se gaver de sucreries dont la seule contemplation pourrait tuer sur le coup une douzaine de diabétiques, les petits qataris ont les dents cariées. C’est devenu une préoccupation nationale au point que le plus grand quotidien de langue anglaise du pays, Peninsula, titrait en première page : « Sept enfants sur dix ont des caries dans notre pays ». Je ne nie pas que, selon l’adage publicitaire d’un célèbre dentifricier, « une bonne dentition, c’est important » mais tout de même, en première page. C’est comme si Le Monde faisait sa une avec « Cinq Français sur dix ont des cors aux pieds ».

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Al-Ahli Hospital © GiardQatar

Encore un paradoxe pour ce petit pays très riche mais rattrapé par des trivialités. Attention, qu’on ne s’y trompe pas, le Qatar a bien un système de santé défaillant.

Pour résumer, il n’y a pas assez d’hôpitaux et beaucoup trop de médecins généralistes. Des généralistes je vous dis, pas des spécialistes ! Si vous êtes malade à Doha, il vaut mieux pour vous que ce soit bénin. On avait recommandé à un ami un shampoing antipelliculaire pour traiter une grave mycose. A une autre de mes connaissances, on avait diagnostiqué une tumeur au cerveau alors qu’il s’agissait d’un banal dépôt calcique sur la paroi crânienne. Elle avait failli en mourir d’angoisse. Elle aurait peut-être dû essayer un shampoing antipelliculaire, quelle sotte !

Quant aux hôpitaux, Ils les construisent par dizaines. C’est à croire que les qataris ont eu accès à des informations que nous ne détenons pas encore. Auraient-ils anticipé l’arrivée d’une effroyable pandémie ? Ou peut-être se préparent-ils à l’invasion des supporters étrangers – les sacs bourrés de maladies contagieuses – pour la coupe du monde de football 2022 ?

Les autorités du Qatar, avec toujours autant de prévenance et de délicatesse, ont décidé de créer trois nouveaux hôpitaux exclusivement réservés aux ouvriers du bâtiment et qui verront le jour loin du centre ville, dans le désert, près de leur lieu de travail. Il est vrai qu’un Bangladais avec le pied écrasé ou éborgné par un éclat de parpaing peut impressionner une salle d’attente occupée par les familles locales. A chacun ses maux, à chacun ses hôpitaux.

A ce propos, il est intéressant de noter que les services d’urgence du Hamad Hospital ont, cette année encore, battu le record d’admissions pour indigestion après la rupture du jeûne du ramadan. C’est curieux, je ne suis pas certain que les ouvriers bangladais fréquenteront les salles d’opération pour les mêmes raisons. 

Fatima Yalla

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3 réflexions sur “Les caries des qataris

  1. Très intéressant! J’aime bien la partie sur des hôpitaux à clientèle choisie. Non en fait, c’est l’article tout court que j’aime bien… Une bonne mise en perspective des absurdités d’un système.

  2. Je viens de découvrir vos articles sur le Qatar. C’est un plaisir à lire, merveilleusement drôle ! Vous allez avoir des problèmes, vous !
    J’attends avec impatience le neuvième doha dans l’oeil !

  3. Pingback: Permis d’éconduire | Profondeur de champs

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